‹ Théatre de GoetheChapitre 103 sur 382 · KG 51 ONT · texte numérisé non relu

KG 51 ONT

Et la t)onne volonté d'un peuple, n'est-ce pas de tous les gages le plus sûr, le plus noble? Pour Dieu! quand est-ce donc qu'un roi peut se croire en sûreté, si ce n'est quand tous vivent pour un, un pour Ions? Quand a-t-il moins à redouter les attaques des ennemis inlérieurs et extérieurs I

ALDE

Nous nirons pourtant pas jusqu'à nous bercer de l'idée qu'il eu est ainsi maintenant.

EGMONT

Que le roi lasse publier une amnistie générale, qu'il tranquillise les espiils, et on verra bientôt l'amour et la fidélité renaître avec la confiance.

ALBE

Et que tout liomme qui aura insulté à la majesté royale et profané le sanctuaire de la religion puisse circuler sans gêne et librement, pour montrer aux autres qu'on laissé sans châtiment des crimes aussi abominables!

EGMONT

Un crime commis dans l'ivresse ou dans la démence n'estil pas plutôt à excuser qu'à punir cruellement? et surtout lorsqu'il y a un espoir aussi assuré, une et rtitude, que le mal ne se renouvellera pas. L'indulgence ne fut-elle pas de tout temps la sauvegarde des rois? Ne recueill'nt-ils pas d'âge en ^ge les éloges du monde, ceux qu'une olfense n'irrite point, qui savent la pardonner, la plaindre et la mépriser? Ne se- Tont-ils pas, pour cela même, comparés à Dieu, qui est trop grand pour que nos blasphèmes puissent l'atteindre?

ALDE

Et c'est à cause de cela précisément que le roi doit veiller â ce qu'on respecte Dieu el la religion, et ([ue nous, nous devons veiller ^ ce qu'on respecte le roi. Où le souverain dédaigne de descendre, c'est nous qui summes chargés d'y porter la vengeance. — Si l'on suit mon conseil, aucun coupable ne jouira de l'impunité.

EGMONT

Crois-tu que tu les atteindras tous? N'apprend-on pas tous

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les jours que la peur les fait errer çà et là, et même sortir du pays? Les riches emmèneront dans leur fuite leurs biens, leur famille, leurs amis; le pauvre ira vendie à nos voisins ses mains industrieuses.

ALBE

Oui, si on ne peut pas les en empêcher. — Le roi demande à tous les grands un service efficiice, fermeté à tous les gouverneurs, et non pas seulement des rapports sur ce qui est el sur ce qui pourrait arriver dans le cas où on laisserait aller les choses comme elles vont. — Avoir devant les yeux un grand mal, se flatter d'espérances vagues, s'en remettre au temps, une fois par hasard frapper, comme dans une parade de carnaval, pour qu'il en résulte du lapa^'e, et que, sans rien faire, on ait l'air de faire quelque chose, n'est-ce pas se rendre suspect d'envisager d'un œil content cette sédition, qu'on ne veut pns allumer, mais qu'on veut bien souffler?

EGMOUT, sur le point de s'emporter, se relient, et, après une courte pause, reprend d'un ton calme :

Les intentions ne sont pas toutes égale ment visibles, et il est certaines gens dont on peut aisément mal interpréter l'intention. Mais, de fait,' on entend dire partout que l'intention du roi est moins de gouverner les provinces d'après des lois claires et uniformes, d'assurer la dignité de la religion, et de faire jouir ses peuples d'une paix durable, que de leur imposer un joug absolu, de les dépouiller de leurs antiques droits, de se rendre niaîtie de leurs biens, et enfin de restreindre les beaux privilèges de la noblesse, unique gage eu échange duquel le noble le sert et lui consacre son bras et sa vie. La religion, dit-on, n'est autre chose qu'une riche tenture derrière laquelle on médite plus à son aise des projets funestes ; le peuple est là, agenouillé, adorant les saintes image^ et, caché derrière, l'oîseleur guette l'instant de se jéler sur lui et de l'enchaîner.

ALBE

Est-ce de ta bouche que je dois entendre de pareils discours?

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