ACTE IV
je me trouve, et j'oi arrêté ce qu'il y avait à fuire en un tel cas; et, maintenant qu'il s'agit d'exécuter, le pour et le contre reviennent malgré moi jeter mon âme dans les tourments de l'incertitude. — Est-il sage de se saisir des autres, quand celui-ci m'échappe?... que je diffère encore, que je laisse évader Egmont et tant d'autres dont la vie est aujourd'hui dans mes mains, pour la dernière fois peut-être?... Le sort l'a donc aussi vaincu, toi l'invincible? Avoir si longtemps médité! si bien pris ses mesures! un si beau plan, si vaste, arrivé si près du but ! et à présent, à l'instant décisif, te voici placé entre deux maux également funestes ; ta main puise dans l'obscur avenir comme dans l'urne fatale : le billet sur lequel lu tombes est encore à dérouler ; noir ou blanc, tu l'ignores... (il prend tout à coup l'air aUeiitif d'un homme qui vient d'enlundre quelque bruit, et se met à la fenêtre.) G CSt lui ! — tg-
mont, ton cheval t'emporte dans ma cour bien rapidement ! 11 ne craint donc pas l'odeur du sang? il n'a donc pas vu sur le seuil le spectre qui l'a reçu l'épée nue! — Descends! — Bon, un pied dans la fosse ! deux ! — Oui, caresse-le un peu, quelques petits coups sur la croupe pour le dernier service qu'il vient de te rendre. — Il n'y a plus à délibérer, l'aveuglement d'Egmonl me détermine; on ne se livre pas ainsi deux fois. — Holà ! (Ferdiuand et siiva accourent.) Faites ce que j'ai ordouué ; je ne change rien à ma décision. D'une manière ou d'une autre, je retiens Egmont jusqu'à ce que tu m'apportes des nouvelles de Silva. iSe t'éloigne pas. Le soit t'enlève le mérite immense d'avoir pris de ta main le plus giand ennemi du roi. (a Siiva. Hâte-toi. (.\ Ferdinand.) Sors à sa reucoutre.
Albe, resté seul un moment, se promène à grands pas en silence. Entre Egmont.
EGMONT
Je viens prendre les ordres du roi, et savoir de vous quels services il demande à notre fidélité, qui lui est éternellement acquise.
ÂLBE.
Il désire, avant toutes choses, vous consulter.
is.
158 EGJION'T.
EGÏIOST.
Sur quel objet? Orange ne vient- il pas aussi? Je le croyiiis 'ci.
ALRE.
Je suis fâché qu'il nous ninnque justement à une heure si importante. — H veut avoir votre avis, votre pensée, sur les moyens à prendre pour pacifier ce pays, et il ne doute pas que vous ne mettiez tout votre zèle à apaiser ces troubles et à fonder dans ces provinces un ordre réel et durable,
•^ EGMOHT.
Vous devez savoir mieux, que moi que tout est assez tranquille, et l'était encore bien davantage avant que l'apparition de nouveaux soldats eût frappé les esprits de crainte et d'inquiétude.
ALBE
C'est-à-dire que, selon vous, le roi aurait mieux fait de ne pas m 'envoyer ici?
EGMONT
Pardon ! si le roi aurait dii envoyer l'armée, ou si son auguste présence en aurait imposé davantage, ce n'est pas à moi de le juger : l'armée est ici, non le roi. Mais nous serions bien ingrats, bien oublieux de ne pas nous souvenir de ce que nous devons à la gouvernante. Avouons-le, par sa conduite aussi sage que ferme, en déployant tour à tour l'ascendant de son pouvoir et les ressources de son esprit persuasif, elle a su calmer les révoltés, et, à l'étonnement du monde, fiiire en peu de mois rentrer dans le devoir tout un peuple rebelle.
ALBE
Je ne le nie pas. Le désordre est apaisé, cluicun semble rentré dans les limites de l'obéissance. Mais ne dépend-il pas du caprice de chacun de les dépasser encore? Qui empêchera le peuple de déborder? Oii est le pouvoir qui doit le conienir? Qui nous garantit, la continuai inn de sa fidélité et de son obéissance? Sa bonne volonté, voilà le seul gage que nous en ayons.