‹ Théatre de GoetheChapitre 106 sur 382 · EG510NT · texte numérisé non relu

EG510NT

Hélas ! ton langage ne justifie que trop la terreur du peuple, la terreur universelle! 11 a donc résolu de laire ce que nul prince ne devrait tenter : il veut affaiblir, comprimer, détruire la vigueur de son peuple, son courage, l'e-tiuie qu'il a de lui-même, et tout cela pour le gouverner plus à l'aise! Il veut enijioisonner les sources de sa vie, apparemnient dans l'intention de le rendre plus heureux! Il veut l'anéantir pour en fiire quebiue chose de différent... — Oh! s'il le veut, c'est qu'il est étrangement trompé! On ne s'oppose jamais aux rois; on va au-devant d'eux, on les pousse de plus en plus dans la route funeste où. ils ont en le malheur de s'engager.

ALBE

Avec des idées comme les tiennes, il me paraît tout à fait superflu d'essayer de nous entendre. Tu as une bien mince opinion du roi et un bien grand mépris de ses ministres, puijque lu doutes que toutes ces raisons aient été pesées, examinées, considérées. Moi, je ne suis pas chargé de discuter, encore une fois, le pour et le contre. Obéissance, voilà ce que Je demande au peuple, et à vous, chefs de la noblesse, conseil et assistance, comme garantie de ce devoir absolu.

EGMONT

Demande nos têtes, pour en finir d'un seul coup! Que ce soit sous un joug pareil ou sous la hache du bourreau qu'il faille courber la tête, pour une âme élevée, c'est tout un. En

ACTli IV. 1*5

vain j'aj si loiiguemenl discouru, mes paroles n'ont ébranlé que l'air, et je n'ai rien gagné!

Enlre Ferdinand.

FERDi:<AND.

Pardonnez si je vous interromps ; c'est une leLlre dont le porteur demande instamment la réponse.

ALBE

Permettez que je voie ce qu'elle contient.

Il se relire à l'écan, FERDINAND, à Eginonl.

C'est un beau cheval, celui que vos gens ont amené pour vous chercher.

EGMONT

Il n'est pas des phis mauvais. Voici déjà quelque temps ipie je l'ai, et je songe à m'en défaire. S'il vous convient, nous po\irrons nous arranger.

FERDINAND

Bien, nous verrons.

Albe fait un signe à son Ûls, qui se retire vers le fond. EGMONT.

Adieu ! laissez-moi m'en aller; car, poiu" Dieu! je ne saurais plus que dire.

ALBE

Heureusement celte interrnpiion t'a enipèrlié de Irnln'i- ta pensée tout entière. Il est imprudent à toi de mettre ainsi à nu les replis de ton cœur, et ton mortrl einiemi ne pourrait parler contre loi plus fortement que loi même.

EGMONT

Ce reproche ne me touche pa> Je nie .omi .is asr.ez, et je sais trop combien e^t pur mon attadi m« i a . mi, eomiiaré à celui de ^aul de gens, qui en le >eiv;iMl ... erveut qu'euxmêmes. C'e-t avec douleur que je ni.i n :■. 'te discus.Mor sans la voir le rmmée, et tout mon <i' mi e le serviC'^

dri maîiie (lût s'accorder avec le bien .1 - Vu nouvel

entrotit II, I' p^é^ence des autres prinn •{ ' > uianquent aujourd'hui fera peut-êlre,à un iii-tai p = le, ce qui

Il 15

146 KGMONT.

;iujoiiiiriiiii paraît imiiossihle. J'emporte avec moi cette espciMiice.

ALBE, faisant ^i^ne à son (ils l'erdinand.

Airète! Egiiiont! — Ton épée!

La porte du Tond s'ouvre : on voil la galerie pleine de gardes qui se tiennent immobiles.

EGMOXT, après un instant de silence.

C'était là ton dess^eiii? c'est pour cela que tu m'as fait

venu"? (Uettaut la main sur son épée comme pour se défendre.) Suis-ie

donc sans armes?

ALBE

Le roi l'ordonne; tu es mou prisonnier.

De chaque côté entre une lile d'hommes armés. EGMONT.

Le roi?,.. — Orange! Orange! (\près une pause, rendant son

épée.) Prend j-la donc! elle a plus souvent servi le roi qu'elle n'a protégé mou sein,

'1 sort par la porte du fond : les soldats qui sont dans la salle le suivent ; le lils d'Albe sort également. Albe reste seul; le rideau tombe.

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