ACTE V
dans leur âme! ils savent ([ii'il n'y a que son bras puissant pour préveuir leiu' ruine. Poiu' lui el pour eux ils risqueront loul, Et que risquons-nous? tout au plus notre vie, et ce n'est pas la peine de la conserver s'il périt.
BRACREJNBOURG.
Malheureuse ! tu ne vois donc pas la puissance de fer qui nous tient enchaînés?
CLAIRE
Je ne la crois point invincible. Mais ne perdons pas le temps en v;iines paroles. Je vois venir à nous de ces hommes francs et braves comme il yen avait autrefois. — Holà! voisins, amis, écoulez ! Qu'est devenu Ei^mont?
LE CHARPENTIER
Que veut ilire cette fille? Fais-la donc taire.
CLAir.E.
ApprooJiez-vous encore un peu, que nous puissions parler à voix basse jusqu'à ce que nous nous entendions et c[ue nous soyons en force. — Cetle tyrannie insolente qui a o--^ le cliarger de fers lève d>'jà sur lui le poignard. 0 mes an i ' ' chaque pas du crépuscule ajoute à mes angoisses. Je re<l 'ute cette nuit. Venez, partageons-nous, courons de quartier en quartier, appelons à grands ciis nos concitoyens. Que chacun aille prendre ses armes : nous nous réunissons sur la place du Marché, et de là, nous répandant par la ville, nous entraînons comme un torrent tout ce qui se trouve sur notre passage. Les ennemis qui se voient cernés, enveloppés, sont anéantis. Une poignée d'esclaves peut-elle nous résister?... Et lui, il revient au milieu de nous, il se voit délivré, il peut enfin une fois uobs reraercirr, nous qu'il a comblés de tant
de bienfaits! 11 revoit peul-étre oui, il revoit l'aurore
d'un ciel libre !
LE CHARPENTIER
Qu'est-ce que tu dis donc là, jeune fille?
CLAIRE
Quoi ! vous ne me comprenez pas? Je j)arle du comte! je parle d'Egmont !
jr.iTi lî.
Ne prononcez pas son nom, il lue.
CLAIKE.
Sou nom! Commeiil? i|ul' je ne prononce pas son nom! Eli ! qui ne l'a point à la bouche à tout instant? où n'est-il fwiiit écrit? Jusque dans ces étoiles, il m'est souvent arrivé de le lire en toutes letlies. Et je ne dois pas le prononcer! Qu'est-ce à dire? Mes amis! mes bons, mes chers voisins, vous rêvez : remettez-vous. Ne ne me regardez donc pas avec cette inquiétude, cet égarement; ne tournez donc pas les yeux autour devons d'un airsiefiaré. Ce que je dis tout haut, chacim le dé-ire en secret; ma voix n'est-elle pas la voix de volie cœur? Qui de vous, dans cette alfreuse nuit, avant d'entrer dans son lit sans sommeil, ne se jetterait pas à deux genoux pour demander ardemment au ciel qu'il nous soit rendu? Interrogez-vous l'un l'autre, interrOgez-vous vousmêmes; et qui de vous ne s'écriera pas avec moi : « La liberté d'Egmont ou la mort! »
JETTER
Dieu nous soit en aide! elle va nous attirer quelque malheur.
CLAIRE
Restez, restez ! ne fuyez pas devant ce nom qui vous faisait accourir uutrefcis avec tant d'ardeur ! — Quand la rumeur publique aimonçait son arrivée, quand on disait : « Egmont vient! il vient de Gand! » c'était une fête pour les habitants des rues par lesquelles il devait passer. Et quand vous entendiez les pas de son cheval, chacun laissait son ouvrage, et, sur les figures chagrines que vous avanciez aux fenêtres, on voyait tout à coup briller un rayon de joie et d'espérance, comme émané de son front, vous vous teniez tous sur V seuil de vos portes, élevant dans vos bras vos enfants, et leur disant: « Regarde, c'est Egmont, ce grand-là! c'est lui! lui qui vous vaudra de meilleurs temps que n'en ont vu vos pauvres pères. » Ne donnez pas à vos enfants le droit de vous demander quelque jour : « Qu'est-il deve.iu? Où sont-ils, ces