‹ Théatre de GoetheChapitre 109 sur 382 · ACTE V liO · texte numérisé non relu

ACTE V liO

temps que vous lions promettiez? » — Mais les heures se

passent en discours; rester oisil's, c'est le Inihir.

SŒST.

C'est une honte à vous, Brackenbourg ! Ne la laissez donc pas faire; empêchez un malheur.

BRACKENBOURG.

Chère Claerchen, rentrons! Que va dire ta mère? Peutêtre. . .

CLAIRE

Me prends-tu pour un enfant ou pour une folle? Oue veux-tu dire, avec ton peut-être? Tu n'as pas une espérance à m'offrir pour m'arracher à cette affreuse certitude. — Écoulez-moi !... vous m'écoulerez ; car, je le vois bien, la stupeur vous glace et vous n'êtes plus à vous-mêmes. A travers les dangers présents, laissez tomber un regard sur le passé, le passé d'hier ! Tournez ensuite vos pensées vers l'avenir : pouvez-vous vivre, Vivrez-vous s'il péril? Avec sa vie s'exhale le dernier jour de votre liberté. Que n'était-il pas pour vous? Pour qui l'a-t-on vu courir aux plus affieux dangers? Ses blessures n'ont jamais saigné, n'ont jamais guéri que pour vous. Eh bien ! celte grande âme qui vous portait tous, un cachot la renferme, les horreurs de la mort planent autour d'elle! Il pense peutêtre à vous, il espère en vous, lui qui était votre unique espoir et qui ne Ta jamais trompé.

LE CHARPENTIER

Venez, compère.

CLAIRE

Et pourtant, je n'ai ni vos bras ni votre vigueur ; maisj'&i ce qui vous manque à tous, du courage et le mépris du danger. Mon souffle ne peut-il vous enflammer? ne puis-je, en vous pressant contre mon sein, vous échauffer et vous animer? Venez! je marcherai au milieu de vous ! Ce qu'est pour une noble phalange un simple étendard flottant dans les airs, mon esprit le sera pour vous. L'amour et le courage sauront faire une terrible armée d'un peuple chancelant et dispersé. u 13

150 EGMONT

JETTER

Enimèiie-la, elle fait peine à voir.

l-es bourgeois s'éloignent.

BRACKENBOURG.

Claerchen, ne vois-tu pas où nous sommes?

CLAIRE

Où? sous le ciel qui se courbait en dais sur la tête d'Egmont, lorsqu'il paraissait. Voilà les fenêtres où ils se mettaient, quatre, cinq tètes l'une sur l'autre; voilà les portes où ils se fatiguaient à le saluer quand il jetait un regard sur les lâches! Oh! ils m'étaient si chers, alors qu'ils lui rendaient ces honneurs! S'il se fût fait leur tyran, il leur eût été permis de l'abandonner dans sa chute... mais ils l'aimaient!... Oh! ces mains si promptes à retirer vos bonnets ne sont-elles pas capables de tenir une épée ".'... Brackeubo'irg, et nous?... de quel droit leur adressons-nous des reproches? Ces bras dont il se sentit pressé tant de fois, qi e fout ils pour lui?. . . — La ruse est venue à bout de si grandes choses dans ce monde! Tu connais le vieux château, tu en connais les issues... Il n'est rien d'impossible. Donne-moi une idée.

BRACRENBOURG.

Si nous rentrons à la maison?

CLAIRE

Bon.

BRACKENBOURG.

Je vois, au tournant de la rue, des soldats du duc d'Albe. Laisse-toi persuader par la voix de la raison. Me prends-tu pour un lâche? crois-tu que je ne sauiais pas mourir pour toi? Nous sommes fous tous les deux, moi aussi bien que toi. Ne vois-tu pas l'impossibilité? ne peux-tu reprendre tes esprits?... Tu es hors de toi!

CLAIRE

Hors de moi! fi! Brackenbourg, vous êtes seul hors de vous. — Autrefois, pendant que vous rendiez des honneurs publics-à ce héros, pendant que vous le nommiez votre ami, votre soutien, votre esj oir, que vous criiez vivat sur son passage, moi, je ma tenais renfermée dans ma chambre, j'en-

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