ACTE V
tr'ouvrnis ma fenêtre, et je le regardais furtivement , et le cœur me b.ittait [)liis fort qu'à vous (ons. Maintenant, il me bat encore bien plus fort qu'à vous tous! Vous vous cachez au moment tlu danger, vous le trahissez, et ne voyez pas que s'il mt;urt, c'en est lait de vous.
BBACKEKBUDR6.
Viens à la maison.
GLAIRE
A la maison ?
BRACRENBODRG.
Remets-toi un peu ! Regarde autour de toi, nous sommes dans des rues oià jamais tu n'as passé que le dimanche pour te rendre pieusement à l'église; où ta pudeur s'alarmait, quand je voulais seulement t'aborder et te saluer d'un mot amical Et t'y voilà parlant et gesticulant aux yeux de lout le monde. Remets-toi, mon amie'. A quoi cela nous niène-t-il?
CLAIRE
A la maison! Oui, je me remets un peu. Viens, Brackenboi'.rg, viens à la maison. Sais-tu oii je demeure?
Ils s'éloignent.
CHB PRISON ECLAir.ÉE PAR USE LAMPE, UN LIT DANS LE FOND. EGÎIONT, son!.
Vieil ami, sommeil jusqu'ici fidèle, me fuis-tu aussi, à l'exemple de tous mes autres amis'; Dans ma liberté, comme tu venais de toi-même le poser sur ma tète! L'amour m'eut touché de Sun ranieau de myrte, qu'il eût répandu sur mes îuits moins de fraîcheur. Au milieu des armes, sur le flot de la vie, je m'endormais dans les bras aussi paisiblement qu'un enfan: nouveau-né; mou repos étnit proloud, ma respiration légère comme la sienne. Quand les vents ont mugi dans la forêt, le tronc s'est incliné en gémi^sant, mais le cœur est demeuié sans atteinte. Qu'est-ce qui l'ébranlé maintenant? qu'est-ce qui émeut ton âme solide et lidèle?... Ah! je le sens, c'est îe bruit de la hache meurtrière qui sape mes ra-
EGMONl.
ciliés. Je suis encore debout et je fiissoniie intérieureni'îni, Oui, elle l'emporte, la puissance traîtresse; déjà elle mine sourdement le tronc élevé et fort que les vents ne purent abattre, et avant que l'écorce sèche elle va te précipiter avec fracas el mettre en pièces la couronne. — Pourquoi donc maintt n;uit, loi qui as si souvent chassé au loin, comme des bulKs de savon, les soucis les plus violents, pourquoi ne [leux lu par aucun effort arracher de ton sein le pressenliuient qui le ronge? Depnis quand la mort te trouve-t-elle tremblant, elle dont les images toujours présentes n'ont pas plus altéré le repos de ta vie que tous les autres fantômes de cette lerie?... C'est que ce n'est plus cet ennemi rapide au-devant duquel s'élance avec ardeur une poitrine hale;aiite; c'est \a prison, image du tombeau, horrible pour le héros comme pour le lâche. Elle m'était déjà insupportable, dans mon fauteuil de velours, lorsque, solennellemeut assemblés, les nobles se livraient à des discussions sans fin sur ce qu'un mot eût décidé, et que moi, pressé entre deux murs sombres, les poutres du plafond m'écrasaient. Sitôt qu'il m'était possible, ah ! comme je me hâtais de sortir! comme je m'élançais sur mon cheval, aspirant avec enivrement le grand air! Le grand air, voilà noire élément! Les champs, où de la terre s'exbale la bienfaisante action de la nature, où les astres du ciel versent sur nos tètes leurs influences propices. C'est là que, semblables aux géants, fils de la terre, nous puisons dans l'embrassement de notre mère une force nouvelle pour nous élancer plus haut; là que nous sentons courir dans nos veines riiumanilé ou les désirs humains; là que l'envie de percer la foule, d'employer ses forces, de subjuguer, de vaincre, s'élève dans l'àme du jeune chasseur; là que le guerrier marchant d'un pas ra]iiile fait valoir ses droits innés sur le monde, et dans son indépendance terrible, fond comme rm nuage de grêle sur plaines, bois et prairies, renverse fout ce qui veut lui résister, méconnaît les limites assignées à l'homme ici-bas... — flélas! lu n'es qu'une vaine ombre, souvenir du bonheur que j'ai possédé ^i longtemps : où le sort perfide t'a-t-il entraîné? Il ne t'aurait re-
A Cl H V. loô
fusé la mort (nul de Ibis bravée à la face du soleil que pour fe préparer ici, dans la pourriUire iiifecle, un avant-goût d'i sépnici e ! . . . Quel ni;i!aise j'éprouve sur ces pierres froides ! . .. Déjà la vif se suspend en moi ! . . . Devant ce lit, mon pied recule comme devant le tombeau... 0 angoisses! angoisses! vous me tuez avant le temps! éloignez-vous!... Depuis quand Kgmont cst-ilseni, si absolument seul au moude? Ce n'est pins le boidiour qui t'accable, c'est le doute; le doute!... Quoi.' la justice du roi, à laquelle tu as cru toute ta vie; quoi! i'amilié de la gouvernante, cette amitié qui (tu peux te l'avouer) toudiait presque à l'amour ; quoi! tout cela s'est évanoui comme un sillon de lumière dans la nuit, et tu restes abandomié sur une route obscure! — Oiange ne ten- Icra-t-il pas quelque cliose, à la (èle de ses nombreux amis? Le peuple ne s'assemblera-t-il pas, ne viendra-t-il pas eu force délivrer sou ancien ami?... 0 vous, murs de ma prison, nenipèdiez point celte multitude dévouée de pénétrer jusqu'à moi; c'est maintenant à elle à me rendre ce que j'ai pu lui inspirer alors d'énergie et de courage... Oui, oui, ils se lèvent par milliers! ils viennent! ils sont près de moi! Leur pieîise prière monte au ciel, elle invoque un miracle; et si un ange ne desrend pas à mon secours, je les vois saisir leurs lances et leurs épées. Les portes s'ouvrent, les grilles sautent, les murs tombent sous leurs coups; Egmont rayonnant s'avance aux lueurs de la liberté naissante. Que de visages connus, où se peint la joie, viennent me recevoir!... Ab ! Clœrcben, si tu étais un bomme, je te verrais sans doute ici parmi les premiers, et je te devrais ce qu'il est dur de devoir à un roi, la liberté.