AGI E V
ERACKKNItOOI'.G.
Après tant de détours et de dangers, je te trouve cnlni ! — - Les i;iuii'es nirs sont g^mlées; il na'u iailii, lom- arriver jusqu à loi, inenroacer dans les ruelles, dans les recoins les plus obscurs.
CLAIRE
Dis, quelles nouvelles?
BRACKENBOURG, se jelant sur une chaise.
Ah! Glaire, liisse-moi pleurer. Je ne l'aimais pas; il était riche et ôtail au pauvre son unique brebis en l'alliraniàde meilltuis pâturages. Jamais je ne l'ai maudit; Dieu m'a fait tendre et tidèle. Ma vie s'écoulait dans la tristesse, et chaque jour j'espérais que ce serait le dernier.
CLAIRE
Oublie tout cela, Brackeubourg; oublie-loi loi-mème. Parle-moi de lui 1 est-ce vnii? est-il condamné?
BRACREiS BOURG.
Il l'est! j'en ai la certitude.
CLAIRE
Vit-il encore?
BRACKENBOURG.
Uui, il vit encore.
CLAIRE
Comment peux-tfi i'affumer? La tyrannie égorge dans la nuit r homme généreux! Son sang coule loin de tous les yeux. Le peuple abattu lepose, et dans son mauvais sommeil il rêve la délivrance, il rêve l'accomplissement de ses vœux impuissants; mais, pendant ce temps, son àme indignée a déjà quitté le monde... Il n'est plus! ne m'abuse pas, ne t'abuse pas loi-mème!
BRACKENBOURG.
Non, te dis-je, il vit... hélas! et l'Espagnol piépare au peuple qu'il veut opprimer un épouvantable spict.de! s.uis doute pour briser à jamais tout cœur qui bal encore pour la libellé.
CLAIRE
Poursuis, et ne crams pas de prononcer aussi ma sen: uce
\ ' EGMONT
de inorl! Je sens, oui, je sens que je touche aux plages bieiiliL'uieiises; déjà un souflle consolaleur m'arrive de ces régions (le [jai\. Parle.
BRACKEiN'BOURG.
A la disposition des gardes et à quelques propos que je recueillis ici et là, je me doutai qu'il se lai-ait cette nuit sur la place du Maicliédis prépaialits funestes. Prenant des rues détournées et des passages à moi connus, j'allai chez mon cousin et me mis à une fenêtre de derrière quia vue sur la place. Au milieu d'un cercle de soldats espagnols vacillait la iumièie de torches; à force de regarder, je Unis par voir se dresser à travers la nuit un noir échafaud; je frémis. 11 y avait tout autour une foule d'hommes occupés à recouvrir de drap Hoiries places blanches où la charpetite restait à nu; ils tendiient aussi en noir les marches de Péchafaud, je le vis bien; on eût dit qu'ils s'apprêtaient à offrir un sacrifice lugubre. Un crucifix blanc, qui brillait dans la nuit comme de l'argent, était placé à une grande hauteur sur l'un des côtés. Plus je regardais, plus se dévoilait à mes yeux l'aflreuse vérité. La llanune des torches vacilla encore quelque temps, puis l'une a| rès l'autre je les vis pâlir et s'éteindre. Tout à coup l'œuvre horrible de la nuit fut replongée dans le sein de sa mère.
CLAIRE
Paix, Brackeubourg, paix! laisse, à présent, laisse aussi tomber ce voile sur mon âme. Les fantômes ont disparu, e? loi, nuit favorable! viens jeter le manteau des ombres sur la tene agitée; viens, elle ne peut plus soutenir cet iiorriblc fardeau : la voici qui ouvre ses abîmes pour y engloutir l'appareil homicide, l'u ange descend envoyé par ce même lùeu qu'ils ont voulu, les impies! rendre témoin de leur l'ineur. Le messager céleste étend la main, les verrous cèdent, les chaînes tombent; il répand autour du juste une teiidr-. Inmii'ie; il lui l'ait signe, et à travers la nuit le mène à iit liberté d'un pas doux et Iranquille. Cesl à li avers celte obscurité que passe au-^i ja route qui me guidei.. sers lui.
HlACKENBOUIif., la reten:iiii
OÙ vas-tu, nio" enfanl? que ptctends-li i ireî