‹ Théatre de GoetheChapitre 115 sur 382 · CTE Y · texte numérisé non relu

CTE Y

CLAIRE, prend sur la t;il)le le verre d'eau et le boit.

Voici le reste! Je ne t'engage pas à me suivre, fais ce que l'inspirera ton cœnr; adieu. Éteins celte lampe; allons, point d"hé.>italions. Moi, je vais dormir! Sors sur la pointe des pieds, et tire après toi la porte. Silence! ne réveille pas ma mère! Va, sauve-toi! sauve-toi, te dis-je, si tu ne veux pas |)asser pour mon assassin.

Elle sort.

BRACKENBOl'RG, seul.

Elle me quitte pour la dernière fois, comme elle m'a toujours quitté! Uli ! quelle âme liutnaine pourra compreiidre jusqu'à quel point elle a pu déchirer mon ccenr... Elle me laisse là, livré à moi-même, et la vie et la mort me sont également insupportables... Mourir seul!... Pleurez, vous qui savez aimer! Quel sort plus cruel que le mien! Elle partage d'abord avec moi la coupe de la mort, et me rejette ensuite, me rejette loin d'elle! Elle m'attire d'abord, et puis me repousse dans la vie! 0 Egmont, de quel prix inestimable est le sort qui t'attend! elle te précède : c'est de sa main *ic tu vas recevoir la palme. Déjà elle entraîne tout le cic ui-devant de toi!... Et dois-je les suivre pour me tenir encore à l'écart, attrister ces belles demeures, y porter l'envie qui ne s'éteint jamais?... Hélas! sur cette terre, il m'e-t impossible d'y rester, et le ciel et Venfer moffrent les mêmes supplices! — Qu'il serait doux à l'infortuné de se sentir saisi par la main Iroide de l'anéantissement !

Brackenboiirg sort; la scène reste quelque temps vide. On enlenil une mtisique exprimant la mort de Cluire. La lampe que Drackenliourg a oublié de soufller, jelte encore quelques éclats et s'éteint. Alors seulement la scène change, et te théâtre représente In prison.

LA PRISOX.

Egmont dort sur le lit. Tout à coup un bruit de clefs se lait entendre, et la porte s'ouvre. Des domestiques entrent avec des llambeaux; il^ sont suivi» de FerdinuKl, liis du duc d'Albe, et de Silva, entouré de soldats. I^^œont s'éveille en sursaut.

Qui èles-ous, vous qui venez ïibrus([iiemeiil i;itciro;ii[ire

tC.) EGMOM.

mon sommeil? I'ouri[uoi ces regards iiuiniets, effrontés? que m'annoncent-ils? Dites, quel est le rêve dont vous voulei elfrayor mes esprits encore appesantis?

SILVA

Le duc nous envoie pour te notifier ta sentence.

EGMONT

Amènes-tu aussi le bourreau pour l'exécuter?

SILVA

Écoule, et tu sauras ce qui t'attend.

EGMONT

C'est bien digne de vous et de vos lâches menées ! machiné dans la nuit, et dans la nuit consommé. Vous faites bien delà dérober an jour, cette œuvre d'insolence et d'injustice... Allons, toi, ne cache pas le glaive sous ton manteau , voici ma tète.. . la plus libre que jamais la tyrannie ait fait tomber.

SILVA

Tu es dans l'erreur ; ce que des juges intègres décident, ils ne craignent pas de le montrer au grand jour.

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