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Alors, l'insolence est portée à un excès qui passe toute idée et toute imagination.
SILVA prend la sentence des mains d'un assistant, la déploie et lit :
« Au nom du roi, et en vertu du pouvoir spécial à nous « transmis par Sa Majesté de juger tous ses sujets, de « quelque condition qu'ils soient, y compris les chevaliers de la « Toison d'or, nous reconnaissons... »
EGMONT
Le roi peut-il transmettre ce pouvoir?
SILVA
« Nous reconnaissons, après une enquête scrupuleuse et « légale, que toi, Henri, comte d'Egmont, prince de Gavre, « tu t'es rendu coupable du crime de haute trahison. A raii son de quoi nous ordonnons ce qui suit : qu'au point du I jour, tu seras transféré du heu de ta prison sur la place du « Marché, et que là, aux yeux de tout le peuple, pour l'iuf struction des traîtres, tu seras mis à mort par l'épée. Donné
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« à Bruxilles le... (Ou doil liro la date et l'année de maiiiùre à D'elle point entendu des spectateur?.)
« Feiîdinand, dcc d'Albe, « Picsick'iit du tribunal des Douze. »
A présent, lu connais ton «oil.'ll ne te reste (pie peu d'instants |ionr t'y résigner, mettre ordre à tes jiffaircs et prendre congé des tiens.
Silva sort avec sa suite. Ferdinand re-le. Il n'y a plus «lue deux flumljeaui; le théâtre e;t faiblement éclairé.
EGMONT, quelque temps absorbé en lui-même, laisie sortir Silva sans regarder autour de lui; il .-e croit seul, et en levant les yeux il aperçoit le fils d' Ube.
Tii es encore là? Tu restes? Venx-tu augmenter par ta présence ma surprise et nio;i horreur!... on aurais-iii peutêtre l'idée de porter à ton père 'l'agréable nouvelle (pie je me désespère lâchement? Ya, va, jiue-lui bien qu'il ne trompe ni moi ni le monde. Veiix-tn savoir ce qu'on dira de lui, l'ambitieux, d'aiwrd tout bas, et puis de plus b ut en plus haut, it ce (|u'im jour, lorsqu'il sera précipité du rang suprême, mille voix lui crieront sans relâche. Le voici : Ce n'est pas le bien de l'Élat, ce n'est pas l'autorité du roi, ce n'est pas le repos des provinces, qui l'ont conduit ici; c'est dans son propre intérêt qu'il a conseillé la guerre, parce que le guerrier trouve à y gagner; il a excité ces terribles troubles afin qu'on ait besoin de lui. Et moi, je tombe victime de sa basse haine, de sa petite envie .. Oui, oui, je le sais et j'ose le dire ; blessé à mort, mourant, je p\iis le due : cet homme me portait envie, il a préparé de loin ma ruine, et la méditée de longue main. Dès notre jeunesse, aux parties de dés que nous faisions ensemble, quand les monceaux d'or pass.iont l'un après Tautie de lui <à moi, il se vexait,' simulait l'indifféreiice et, au fond, il étouffait, se rongeait, non p is tant parce qu'il perdait que parce (jue je gagnais. - J'ai eiicort présents les éclairs de ses yeux et la pâleur sinistre de ses joues, à cette fè '6 publique où nous tirâmes au but devant la
ÏG'i F G MU M.
fou'.'; assemblée. Ce fut lui (jui me provoqu.-! : les deux nation ^ éhiieiil là, rEsjiagiic et les Pays-Bas iiniaiftit. J'eus l'uMiiilaoe sur lui ; son coup écaita, 1; uiieii pu la ; un cri de ,oie ^'é^eva du milieu des miens... Il mail ml à présent, son coup! Dis-lui (pie je le sais, que je le connais, que le monde mi'prise lout Iropliée acquis par la ba>>e-se ft la ruse. — El toi : s'il est possible à un lils de fuir les traces de son père, rougis, pendant qu'il en est temps, rougis de celui que tu voudrais de tout ton cœur pouvoir estimer.
FERDINAND
Je t'écoute sans t'interrompra, tes reproches tombent sur moi connue des coups de massue sur un casque; je sens la secoii>se, mais je suis armé : tu m'atteins, tune me blesses pas. Elle m'e^t toulefois sensible, la douleur qui me déchire le bcin. Malheur sur inoil malheur! C'est donc pour un tel speclaile que j'ai grandi, pour uae telle scène qu'on m*a amené ici!
EGMONT
Tu éclates en plaintes? Qu'est-ce qui te touche, t'afilige'r Est-ce un tardif repentir d avoir prêté ton ministère à l'infâme conjuration? Tu es si jeune! et tu as une phy^iouomier heureuse : tu étais si ouvert, si amical envers moi ! Quand je te vis, je fus raccommodé avec ton père. Et ta dissimulation, dissinudatiou plus profonde que la sienne, m'a fait tomber dans le piège.,. Ta es un misérable! Qui «se lie à lui en court les risques; mais qui croirait l'isquer en se fiant à toi? Va, fuis ! ne m'ôte pas encore le peu d'instants qui me restent ! fuis, te dis je, que je me recueille, que j'oublie le monde, et toi le premier !
FERDINAND
Que dois-jete répondre? Je suis là devant toi, je te vois... et je ne te vois pas, et je ne me sens pas moi-même. Dois-je me iustifier? doi<-je te jurer que j'appris tard, que dis-je! au dernier moment, les desseins de mon père? que je n'ai agi que connue instrument passif et contraiiit de sa vo'onté? Qu'importe l'opinion que tu peux avoir de moi? tu es perdu;