‹ Théatre de GoetheChapitre 130 sur 382 · ACTE I. lh · texte numérisé non relu

ACTE I. lh

que !e front des héros. 0 dieux! enlevez jusqu'à vous cet e couronne; qu'elle se transfigure au sein des images, qu'île plane haut, plus haut! dans rinaccessible! et puisse ma vie elle-même s'avancer sans cesse vers ce but!

ALPHONSE

Celui qui acquiert Je bonne neure apprend de bonne heure îiussi à estimer la valeur des biens de celte vie. Celui qui jouit de bonne heure ne renonce jamais volontairement à ce qu'il a possédé une fois; mais celui qui possède doit être armé de toutes pièces pour le combat.

LE TASSE

Oui; mais celui qui s'arme pour le combat doit sentir au cœur une force qui ne l'abandoiuie j.imais, et la mienne me délaisse à celte heure! elle me délaisse au moment heureux,celte force native qui m'apprit à supporter l'inlortune et à braver l'injustice. La joie et ses transports ont-ils donc consumé jusqu'à la moelle de mes os? — Mes genoux fléchissent Tu me vois, ô princesse! prosterné de nouveau à tes pieds. Exauce ma prière, ôle-moi celte conronne; que, sortant d'un beau rêve, je retrouve une fraîche et nouvelle vie.

LA PRINCESSE

Puisque tu sais porter modestement le talent que les dieux t'ont donné, sache aussi porter cette couronne, hommage le plus glorieux que nous puissions le rendre. Qu'elle plane pour toujours sm* le digne front qu'elle a touché!

LE TASSE

Laissez alors, laissez-moi, dans ma confusion, me dérober à vos regards; laissez-moi cacher ma félicité dans ces bois épai-;, où j'ai tant de fois enseveli mes douleurs. Là, je veux err. r solilaire; là, nul témoin ne me fera souvenir d'un bonheur que je ne méritais pas. Si par hasard une claire fontaine me montre, dans son miroir limpide, un homme qui, merveilleusement couronné à la face brillante du ciel, se repose pensif au milieu des rochers et des bois, je. croirai, oui, je croirai voir l'Elysée reproduit dans ce cristal magique! Je rêve en silence et je me demande : Quel est ce mort, ce jeune homme d'un temps passé, si glorieusement couromiéî

Qui iiic dira son nom, ses mériles? — J'atleiids loiiglemps et e me dis : Que ne vient-il quelqu'un pour se joindre à lui dans un entretien amical ! Oh ! que ne vois-je assenjblés autour de cette fontaine les héros, les poëtes des jours antiques! Quf ne les vois-je ici, toujours inséparables, toujours associés comme au temps de la vie! Comme l'aimant, par sa vive puissance, attache le fer au fer, ainsi une lendance mutuelle lie le poêle et le héros. Homère s'oublia lui-même; sa vie tout entière fut consacrée à contempler deux hommes, et Alexandre dans l'Elysée s'empresse à la recherche d'Homère et d'Acbille. Oh ! que n'y suis-je pour voir ces grandes âmes maintenant réunies !

LÉONORE

Réveille-toi ! réveille-toi ! ne nous fais pas sentir que tu néghges si fort le présent qui t'entoure.

LE TASSE

C'est lui qui exalte mon âme. Ce n'est qu'en apparence que je suis absent! Je suis transporté.

LA PRINCESSE

J'aime qu'en t'adressant aux esprits, tu leur parles encore une langue humaine.

Ud page s'approche du prince et lui parle bag. ALPHOiNSE.

11 est arrivé ! — Et fort à propos. — Antonio ! — Qu'il entre l — Le voici!

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