‹ Théatre de GoetheChapitre 129 sur 382 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

â révéler, par la liouclie d'un simple mortel, un être sublime, un être inaccessible à l'iiuniaine pensée?

LA PRINCESSE

Ne songe plus maintenant qu'à jouir du chef-d'œuvre qui fera nos délices.

ALPHONSE

Réjouis-toi du suffrage de toutes les belles âmes.

LÉONORE

Réjouis-toi de la gloire universelle qui t'attend.

Ah! ce moment me suffit. Je ne pensais qu'à vous, en composant, en écrivant : vous plaire élait mon vœu le plus ardent; vous récréer, mon dernier but. Celui qui ne voit |»as riiiiivers dans ses amis n'est pas digne que le monde entende parler de lui. Ici est ma patrie, ici finit le cercle dans leijuel mon âme aime à se circonscrire ; ici j'écoute, ici je révère Ithaque signe; ici parlent l'expérience, le goût, le savoir. Oui, je vois devant moi le monde présent, le monde à venir. La multitude épouvante, elle égare l'artiste : celui qui vous ressemble, celui qui vous comprend, qui sympalliise avec vous, celui-là seul peut juger et louer.

ALPHONSE

S'il est vrai que nous représentions le présent et l'avenir, nous ne devons pas nous borner à recevoir ton offrande. J'aperçois sur le front de Ion premier maître le signe glorieux qui honore le poëte, celui dont le héros voit sans envie «ouronner l'enfant des museï dont il a toujours besoin.

<I1 montre le buste de Virgile.) — Est-Cc fe hasard, est-ce UU bon

génie qui a tressé cette guirlande, qui l'a portée en ces lieux? Ce n'est pas en vain qu'elle se montre à nos regards J'entends Virgile lui-même me dire : A quoi bon honorer les morts? Ils ont eu, lorsqu'ils vivaient, et leurs récompenses et leurs joies; ou si vous nous admirez, si vous nous célébrez encore, donnez aussi leur part aux vivants. Mon marbre est assez couronné; ces verts rameaux appartiennent à la vie.

Alphonse fait un signe à sa sœur; elle enlève la couronne de laurier placé» sur le busle de Virgile, et s'approche du Tasse, qui fait un pas en arriére.

LÉO.NOnE.

Quoi! lu refuses? Vois donc qHelle main te présente ce beau, cel impérissable laurier.

LE TASSE

Oli! souffre que je diffère! Aussi bien je ne saurais prévoir ce que sera ma vie après cette heure délicieuse.

ALPHONSE

Elle se passera à jouir en repos du noble honneur qui t'a d'abord effrayé.

LA PRINCESSE, tenant la couronne au-dessus de la tête du Tasse.

ïu m'accorderas bien celte joie rare de t'exprimer sans paroles ce que je pense.

LE TASSE

Je présente à genoux ma faible tête au fardeau que tes mains chéries veulent lui imposer.

11 s'agenouille, la princesse le couronne. LÉONOKE, applaudissant.

Vive celui qu'on vient de couronner pour la première fois! Voyez comme cette guirlande orne l'homme modeste !

Le Tasse se relève.

ALPHONSE

Ce n'est que le présage de la couronne qui t'attend au Capitole.

LA PRINCESSE

Là des voix plus éclatantes sahieront ion triomphe, l'amitié l'honore ici à voix basse.

LE TASSE

Oh! ehlevez-la! enlevez-la! elle embrase mes cheveux; altachée à mon fronl, elle consume les puissances de la pensée, comme un rayon de soleil qui alleindrait ma léle. L'ardeur de la fièvre agite mon sang. Grâce ! c'en esl Irop!

LÉONORE

Non, non, ces rameaux protègent au contraire la tête de celui qui doit s'avancer dans les brûlantes régions de la gloire : ils rafraîchissent son front.

Le mien ne méi lie point l'ombrage qui ne doit protéger

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