ACTE II
LE TASSE
Tu n'as pas besoin de parler plus clairement; il suffit! Je lis au fond de ton cœur, et je te connais pour la vie. Oh : ia princesse te coniiùt-elle comme moi! Epargne les traits que lancent tes yeux et ta langue : lu les diriges en vain contre celle couronne, qui reste hors de leur portée sur ma tête. Sois d'abord assez grand pour ne pas me l'envier; alors peut-être tu pourras me la disputer. Je la révère, celte couronne, comme un objet sacré, comme le premier des biens; et cependant, moutre-moi le héros dont l'histoire me raconte seulement les hauts faits, le poëte qui ose se comparer à Homère, à Virgile; oui, pour dire plus encore, ftiis-moi connaître l'homme qui ait trois fois mérité ce beau prix, et que ce prix ait, plus que moi, fait trois fois rougir : tu me verras alors m'agenouiller devant la divinité qui m'a si généreusement traité , et ne me plus relever qu'elle n'ait fiit passer sur le front de mon vainqueur les rameaux qui ornent ma tête.
ANTONIO
Jusque-là, sans doute, tu resleras digne de les porter.
Qu'on pèse mes droits, je ne fuirai pas le jugement; mais je n'ai pas mérité le mépris. La couronne dont mon prince m'a cru digne, que la main de ma souveraine a tressée pour moi, personne ne me la disputera, personne n'en fera un sujet de risée.
ANTONIO
Ce ton hautain, celte ardeur si prompte ne conviennent ni de toi à moi, ni de toi à ces lieux.
LE TASSE
Ce que tu t'y permets m'y convient comme à toi. La vérité en est-elle donc bmnie? L'esprit indépendnnt est-il C'^clave dans ce palais? Un noble cœur n'a t-il ici qu'à tolérer l'injure? Ici, je pense, la grandeur, la grandeur de l'âme, est surtout à sa place! N'oseia-t-elle pas se féliciter du voi-inage des grands de ce monde? Elle l'ose et le doit La noblesse ipie nous devoi\s à nos aïeux sulfil pour no ns approcher des princes; [lour-
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quoi pas aussi la noblesse d'càme, celle que la n;<ture n'a pas accordée à tous les grands, comme elle n'a pu donner à tous les hommes une longue suite d'illustres ancèhes? C'est à la pctite>se d'esprit seule à se sentir gênée dans ces lieux, à l'envie qui se décèle à sa honte, semblable à l'araignée qui n« peut attacher sa toile impure à ces murs de marbre.
ANTONIO
Tu me montres le droit même que j'ai de te dédaigner. Le jeune homme emporté veut arracher par la violence là l'homme mûr sa confiance et sou amitié! Te crois-tu bon parce qu*» lu es grossier ?
LE TASSE
J'aime bien mieux ce que vous autres appelez grossier, que ce que moi, j'appellerais ignoble.
Tu es encore assez jeune pour qu'une bonne discipline puisse t'enseigner une meilleure route.
LE TASSE
Je ne le suis pas assez pour m'incliner devant de faux dieux, et j'ai assez d'âge pour réprimer rarrogance par l'arrogance.
ANTONIO
Là où le jeu des lèvres et le jeu de la lyre décident du combat, tu peux bien t'en tirer en héros.
LE TASSE
Il serait téméraire de vanter mon bras, il n'a rien fait encore; et, pourtant, j'ai confiauce eu lui.
ANTONIO
Tu te fies aux ménagements qui t'ont par trop gâté dans le cours hardi de tes succès.
LE TASSE
Je suis homme, et je le sens maintenant! Tu es le der« nier avec qui j'anrnis souhaité de tenter ks chances du jeu des armes; mais tu attises la ilamme, elle embraie la moelle de mes os! le désir cuisant de la vengeance bouillonne en écuni;u\t dans mon sein! Si tu es tel que tu le dis, détends-toi '