‹ Théatre de GoetheChapitre 144 sur 382 · ACTE II. SOO · texte numérisé non relu

ACTE II. SOO

ANTONIO

Tu sais aussi peu qui lu es, qu'où tu es.

LE TASSE

Il n'est point de sanctuaire qui nous impose l'outrage. C'est toi qui offenses, qui profanes ces lieux, non pas moi qui suis venu t'olfrir confiance, respect, amitié, le plus beau des hommages. C'est ton esprit qui infecte ce paradis, tes paroles qui bouillent celte salle sainte, et non pas le bouillant ressentiment de mon cœur qui se soulève pour repousser l'iDJure.

ANTONIO

Quelle humeur hautaine dans une âme étroite!

LE TASSE

Il y a encore assez de place ici pour lui donner carrière.

ANTONIO

C'est ce que fait le vulgaire avec des mots.

LE TASSE

Si tu es gentilhomme comme moi, montre-le.

ANTONIO

Je le suis, certes; mais je sais où je suis.

LE TASSE

Viens avec moi là où mus pourrons user de nos armes.

ANTONIO

Comme tu ne devrais pas l'exiger, je ne te suivrai point.

LE TASSE

Une pareille raison n'est bien accueillie que de la lâcheté.

ANTONIO

Le lâche ne menace qu'en lieu sûr.

LE TASSE

C'est une sauvegarde que je repousse avec joie.

Si tu n'as point égard aux lieux où tu te trouves, aie au moins pitié de toi-même.

LE TASSE

Que ces lieux me pardonueut de les violer! (ii meti'épée à U nain.) Eu garde! ou suis-moi, si tu ne veux pas que j'aie étei nellement pour toi autant de mépris que de haine !

SCÈNK iV Les Précédents, ALPHONSE.

ALrHON>E.

Dans que! combat vous trouvé-je engagés? Qui aurait pu

s'y alleiulre?

ANTONIO

Tu me vois, ô prince! opposer la patience à un homme que la rage a saisi.

LE TASSE

Je te conjure comme mon Dieu de la dompter d'un seul de tes regards !

ALPHONSE

Racontez-moi l'un et l'autre comment la discorde a pu pénétrer dans mon palais. Comment s'est-elle emparée de vous? comment, dans son délire, a-t-elle entraîné des hommes raisonnables hors des voies des convenances? Je reste confondu !

Tu ne nous connais pas, je le crois bien. Cet homme fameux par sa sagesse, par l'urbanité de ses mœurs, vient d'agir envers moi avec autant de gros:?ièreté que de malice, en homme sans éducation, sans nobles senlinients. Je m approchais de lui avec confiance, il m'a repoussé; mon anjitié insistait, et il n'a cessé de me traiter toujours avec plus d'aigreur et d'amertume, jusqu'à ce qu'il ail changé en fiel les plus pures gouttes de mon sang! Pardonne' j'ai paru à tes yeux comme un furieux; mais si je me suis rendu conpable, la faute en est à lui tout entière; à lui, qui a violemment attisé dans mon âme l'incendie qui pouvait devenir funeste à tous les deux.

ANTONIO

L'élan poétique l'entraîne! Prince, c'est à moi que tu t'es d'abord adressé; qu'il me soit maintenant permis de parler à mon tour après ce fongueux plaideur.

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