ACTE II. n
ORESTE
Tu lies avec beaucoup d'art les vues du ciel à tes [Topres désirs, Pylade.
Qu'est-ce que la prudence des hommes si elle n'écoute allenti veulent la voix du ciel? Un dieu appelle à une action dilfieile l'homme de cœur quia souvent failli, il lui mi|iO!;e ce qui nous semble impossible à exécuter; niais le héros sort vainqueur de cette épreuve, expie ses torts, et sert les dieux et le monde dont il acquiert la vénération.
0 RESTE
Ah! si je suis destiné à vivre et à agir, qu'un dieu ciiasse donc de mon front alourdi ce vertige qui m'entr;iîue vers les morts sur un chemin glissant, tout trempé du sang de ma mère; que par grâce il tarisse cette source qui, jaillissant des blessures de ma mère, me souille incessamment !
PYLADE
Attends ce bienfait avec plus de calme. Tu accrois tes maux, et tu remplis contre toi-même l'oflice des Furies. Laisse-moi réfléchir. Demeure tranquille. Au dernier moment, ipiand il sera besoin de réunir nos forces pour l'action je fappellerai, et alors nous marcherons tous deux pleins d'audace à l'exécution .
ORESTE
Je crois entendre parler Ulysse.
PYLADE
Ne raille point. Chacui. *V)it choisir son héros, et travailler j se frayer sur ses traces un chemin vers l'Olympe. Je l'avouerai, la ruse et la prudence ne me semblent pas déshonorante» pour l'homme qui se voue aux actions audacieuses.
ORESTE
J'estime celui qui est droit et brave,
PYLADE
Voilà pourquoi je ne t'ai point demandé conseil. Il y a déjà un pas de fait. J'ai jusqu'à présent tiré beaucoup de nos gardiens. Je sais cjunne femme étrangère, semblable à une déesse, tient cette loi barbare enchaînée. Elle offre aux dieux
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un cœur pur, de l'encens et des prières. On vante bcaiicoup sa bonté; on dit qu'elle est issue de la race des Am;izones, et qu'elle a fui pour échapper à quelque grand nialheuc.
ORESTE
Il paraît que son empire et son influence ont perdu leur force par l'approche du criminel que la malédiction poursuit et enveloppe comme une épaisse nuit. Une pieuse cruauté réveille, pour nous perdre, lantique usage. L'e.^pnt l'aronche du roi nous inmiole, une femme ne nous sauvera pas de son courroux .
PYLADE
Nous sommes heureux que ce soit une femme; car l'homme, même le meilleur, habitue son esprit à la cruauté; il se fait à la fin une loi de ce cpril abhorre, et, s'endurcissant par l'habitude, il devient presque méionnaissable. Une femme, au contraire, e^t fidèle aux sentiments qu'elle aune fuis adoptrs. Ou peut compter plus sûrement sur elle pour le bien comme pour le mal. — Paix ! — Elle vient; laisse-nous seuls. Je ne dois pas lui apprendre nos noms et lui confier nos destins sans réserve. Va, je te reverrai encore avant qu'elle te parle.