‹ Théatre de GoetheChapitre 14 sur 382 · OR EST F · texte numérisé non relu

OR EST F

Plût aux dieux que, m'attachaut à lui, je l'eusse accompagné !

PYLADE

C'est donc pour moi qu'ont travaillé ceux qui l'ont sauvé; car je ne puis soneer à ce que je serais devenu si lu n'étais plus, puisque, depuis mon enfance, je ne vis et ne désire vivre qu'avec loi et pour l'amour de toi.

ORESTE

Ne me rappelle pas ces beaux jours où ta famille m'offrit un libre asile. Ton noble père, si sage et si tendre, me prodigua ses soins comme à une jeune plante à demi flétiie, tandis que toi, compagnon toujours gai, semblable à un brillant et léger papillon qui voltige autour d'une fleur sombre, lu folâtrais cbaque jour autonr de moi avec un nouvel enjouement que tu faisais passer dans mon âme. Si bien qu'oubliant mes peines, je me livrai avec toi à l'entraînement d'une rapide jeunesse.

PÎLADE.

Ma vie ne commença que du moment 01*1 Je t'aimai.

ORESTE

Dis plutôt : mon malbeiu* commença, et tu diras la vérité. Ce que mon de.-tin a de plus terrible, c'est que, sembla})le à un pestiféré que l'on bannit, je porte dans mon sein la douleur et la mort; aussitôt que mes j)as touclienl le lieu le plnssalubre, je v(iis autour de moi sur les plnsbrillants visages s'empreindre les [rails douloureux d'une lente mort.

PYL.'VDE.

Qui serait plus près que moi de mourir de cette mort, cher Oresfc, si ton baleine était un poison? et cependant ne .suis-^e pas toujours plein de conragi' el de gaieté? et la gaielé jointe à l'amitié, voilà les aile^ quimèneiit aux grandes Actions.

ACTli II. 10

OIIESTE.

Les grandes actions! Oui, je sais le lemos où eiies sofiraient eu Ibule à nos yeux : qiiaïul nous poursuivions ensemble les bètes sauvages à travers monts et vallées, (;t ((ue nous nous flattions de pouvoir ainsi quelcjuc jour, égalant en force et en courage notre illustre aïeul, poursuivre avec le gl.iive et 1,1 massue les monstres et les brigands; lorsque eusuite appuyés l'un contre l'autre nous nous reposions le soir au boni de la vaste mer; que les vagues venaient se jouer à nos pieds et que le monde se déployait à nos regards, souvent alors un de nons tirait son épée avec feu, et les belles actions à venir sortaient autour de nous du sein delà nuit, iunombrabli s conune les étoiles.

Infinie est l'œuvre que notre àrae demande à accomplir. Noiis voudrions que toutes nos actions fussent, à leur naissance, au niveau de celles que la voix des poêles nous transmet embellies et agrandies à travers les générations, les pays et les siècles. Ils somient si bien, les liants faits de nos pères, quand, mêlés au sou de la harpe, ils descendent au cré[)uscule du soir dans Tàme du jeune homme! Et {)Ourlanl nos actions sont ce qu'étaient les leurs, pleines de peines et de vains efforts. C'e^t ainsi que nous poursuivons ce qui fuit devant nous, sans tenir compte du chemin que nous [larcourons, et nous voyons à peine sur la route la tiace des pas de nos aïeux, la marque de leur vie terrestre. Nous nous précipitons toujours vers leur ombre qui, semblable à une déilé, couronne dans le lointain, sur des nuages d'or, le sommet des monlagn;'s.Je n'estime pas Ihomme (jui a de lui-même une opinion aussi élevée que pourrait peut-être en concevoir la nmltitude : néanmoins, ô jeune homme, remercie les dieux d'avoir, par touhras si jeune encore, opéré tant de choses.

ORESTE

Lorsque les dieux accordent à l'homme quelque action d'éclat, qu'il détourne un malhesu' prêt à fondre sur les siens, quil agrandit soii royaume, assure ses frontières, et fait tomb r ou fuir de puissants ennemis, alors il peut leâ reuicrcier

«C IPHIGÉME EN TAURIDE.

car un dieu lui a donné la première, la dernière joie de la vie. Mai^ moi, c'est un rôle de boiine.iu que les dieux m'ont réservé, d i.ssa>sin dune mère que j'honorais pourtant, et, ven géant un crime par un crime, ils m'ont, dnn signe, précipité dans l'abîme. Ci ois-moi, ils ont dirigé tous leurs traits sur la famille de Tantale, et moi, son dernier rejeton, je ne dois point sortir du monde innocent et vertueux.

PYLADE

Les dieux ne punissent pas les fautes des pères sur les enfants. Chacun, bon ou méchant, emporte avec lui la récompense de ses actions. C'est la bénédiction et non la malédiction qu'on hérite de ses ancêtres.

Ce n'est pas, il me semble, leur bénédiction qui nous con« duit ici.

PYLADE

C'est du moins la volonté .^uprcme des dieux.

Or.ESTE.

C'est donc leur volonté qui nous perd.

PYLADE

Fais ce qu'ils t'ordonneiu, et attends. Si lu ramènes à Apollon sa sœur, et si par les soins ils se trouvent tous deux réunis à Delphes, honorés par un noble peuple, celte tiçtion te méritera les bonnes grâces du couple divin : ils t'anacheront des mains des puissances infernales. Déjà môme aucune d'elles ne se hasarde à le poursuivre dans ce bois sacré.

Or.ESTE.

Ainsi ^« vais avoir au moins une mort paisible.

PYLADE

Mes idées sonc bien différentes des tiennes. Après un mûr examen, j'ai compris la liaison de notre passé et de notre avenir : peut-être ce grand ouviage mûrit-il depuis longtemps dans le conseil des dieux. Diane désire vivement s'éloigner «le ce rivage barbare et de ces sanglants sacrifices humains. C'est nous qui fûmes destinés à celle grande œuvre; elle nous est imposée, et un miracle nous a conduits de ibrce jusqu'à la perle de ce temple.

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