‹ Théatre de GoetheChapitre 162 sur 382 · ACTE ÎV · texte numérisé non relu

ACTE ÎV

non de moi ; il est sage et, hélas! je ne le suis pas; il (nivaille à ma perte, et je ne puis, je ne saurais me défeiuhe. Mes amis même lai^sint aller les choses, ils les \oient avec d'autres yeux que les miens : à peine s'ils résistent quand ils devr.iient combattre. Tu trois qu'il faut que je parte? je le crois aussi. Vous tous donc, adieu! je supporterai encore cette douleur nouvelle. Vous vous êtes séparés de moi : force et courage me soient donnés pour me séparer de vous!

LÉO^ORE

Tout ce qui, vu de trop près, se confond à nos regards, s'éclaircit par l'éloignement. Peut-être reconnaîtras-tu plus tard quelle affection te suivit en tout lieu, de quel prix est la constance de véritables amis, et combien peu le monde, avec toute sa grandeur, remplace ceux qui se serrent autour de nous!

LE TASSE

C'est ce que nous verrons. Mais n'ai-je pas déjà vu, jeune encore, de quel train va le monde, avec quelle aisance il nous abandonne au dénûment, à la solitude, et poursuit loin de nous sa route, impassible comme le soleil, la lune et les dieux?

LÉONORE

Ecoute-moi, mon ami, et tu n'auras jamais à renouveler cette (riste expérience. Si tu m'en ci ois, rends-toi d'abord à Florence, et là, l'amitié d'une femme se plaira tendiement à veiller sur ton sort. Console-toi, cette femme, c'est moiîiême. Je pars au premier jour pour rejoindre mon époux, «t je ne puis rien faire qui lui soit, comme à moi, plus "agréable que de l'amener au milieu de nous. Je n'ajoute pas, tu le sais déjà, auprès de quel prince tu viendrais t'établir, quels hommes et (juelles femmes cette belle cité garde en son sein. Tu te tais? Iiéfléchis bien, décide-toi.

LE TASSE

Ce que tu me proposes me ravit, tant cette offre est conforme au vœu que je nourris en silence; mais elle est encore trop nouvelle; laisse-moi, je t'en prie, y penser. Je me déciderai bientôt.

258 TOP.QUATO TASSO

LÉONORE

Je te quitte, eiriporlant pour nous et pour toi, pour celte maison même, la plus douce espérance. Réfléchis seulement; et, si tu le fais avec justesse, tu trouveras difficilement un meilleur parti.

LE TASSE

Encore un mot, chère amie! Dis-moi : quels sont, à mon égard, les sentimenls de la piincesse?Et;iit-elle irriiée contre moi? Que disait-elle? Elle m'a beaucoup blâmé? Parle-nuH franchement.

LÉONORE

Elle te connaît, et t'a facilement excusé.

LE TASSE

Ai-je perdu dans son esprit? Ne me flatte point.

LÉONORE

La fjiveur des femmes ne se perd ni si aisément ni pour si peu de chose.

LE TASSE

Me verra-t-elle partir de bon gré?

LÉONORE

Assurément^ si ce ùêpait doit tourner à ton avantage.

LE TASSE

Ne }'erdrais-je point les bo;iues grâces du prince?

Tu peux te fier à sa générosité.

LE TASSE

Et laisserons-nous donc la princesse toute seule? Tu pars aussi, et moi-même, si peu que je sois, je sais que je suis pourtant quelque chose à ses yeux.

LÉONORE

Même dans l'éloignement, l'ami que nous savons heureux nous tient encore agréablement compagnie. Tout va bien, et je vois ta joie; lu ne partiras pas d'ici mécontent. Antonio te cherche, le prince l'a ordonné. Le ministre blâme lui-même l'amertume des paroles par lesquelles il t'a blessé. Je t'en prie, accueille-le avec calme.

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