‹ Théatre de GoetheChapitre 161 sur 382 · acte; iV · texte numérisé non relu

acte; iV

cordé plus qu'à tout autre! Il sait ce que tu vaux ; et es qia i;u possèdes, il sait aussi l'apprécier.

LE TASSE

Ah! crois-moi, une âme vaine ne peut échapper au supjilice étroit de l'envie. Un pareil lionime pardonnera bien aux ;iutres la fortune, un rang, des honneurs, car il se dit : tu as tout cela, ou tu l'auras quand tu voudreis, parce que lu l'obtiendras par la persévérance. Mais ce que la nature seule peut liouner, ce qui ne peut s'acquérir, ni par l'intrigue, ni par l'or, ni par les armes, ni par l'opiniâtreté, cela, il ne vous |jardonnera jamais de l'avoir. Il me l'accorde, cette supériorité, di<-tu? lui! qui croit arracher les laveurs des Muses en roidissaut ses esprits; lui! qui, lorsqu'il a compilé tant bien que mal les idées de quelques poètes, s'imagine mériter aussi ce beau titre! Bien qu'il fût charmé de la réunir tout entière sur lui seul, il me laisserait plu*ôt la faveur du prince que le talent donné par ces fdles célestes au pauvre orphelin qu'il envie.

LÉOHORE.

Oh ! que ne vois-tu les choses aussi clairement que je les vois! Tu te trompes; il n'est pas tel que tu le penses.

LE TASSE

Si je me trompe, Léonore, je me plais dans mon erreur. Je regarde Antonio comme le plus acharné de mes ennemis, et je serais inconsolable d'être forcé de lui croire plus d'indulgence. C'est une folie que d'être toujours juste ; c'est vouloir contredire sa nature. Les hommes le sont-ils donc pour nous? Hélas! non; l'homme, cet être borné, a cependant besoin du double sentiment de l'amour ei de la haine. Ne lui faut-il pas une nuit comme un jour, le sommeil comme la veille? Oui ! et je veux, moi, voir désormais dans Antonio l'objet de ma haine la jilus profonde. Je ne renoncerai jamais au plaisir de penser mal et toujours plus mal de lui.

LÉOKORE.

Si tu persistes, cher ami, dans ces sentiments hostiles, je ne comprends pas que tu veuilles rester plus longtemps dans

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celle cour. Tu sais conibion sou crédit y est et doit y êlro

grand.

LE TASSE

Depuis longtemps j'y suis de trop, chère amie, et je lésais bien.

Non, certes, jamais! Ne sais-tu pas plutôt combien le prince, combien la princesse aiment à vivre avec toi, et que Lucrolia même, lorsqu'elle vient en ces lieux, vient presque autant pour toi que pour les siens? Leur estime pour loi est toujours égale, et leur confiance sans bornes.

LE TASSE

0 Léonore! qù'est-elle, cette confiance? Le duc m'a-t-il jamais dit un mot, un mot sérieux de ses alfaires d'Étal? Lorsqu'en ma présence il prend, pour une circonstance dillicilc, l'avis de sa sœur, un conseil des autres, s'adresse-l-il jamais à moi? Jamais! et l'on eutend toujours ce seul nom : Qu'Antonio vienne ! écrivez à Antonio ! consultez Antonio !

LÉONOlîE.

Tu te plains, et tu devrais le remercier. En te laissant une libellé enlibre, il t'honore de la seule manière qui te convienne.

LE TASSE

il me laisse oisif, parce qu'il me croit inutile.

LÉONORE

Tu sers, lors même que tu te reposes. Jusqu'à quan 1 veux-lu couver dans ton sein, comme un enfant chéri, la méfiance el ses peines? Je l'ai souvent pensé, lu ne prospères poiuL sur ce sol brillant oià le bonheur semblait pourtant t'avoir transplanté. Te le <lirai-je, ô Tasse! dois-je te le conseil 1er? tu devrns. l'éloigner.

LE TASSE

Ne ménage point le malade, charnianl médecin ! offre-lui le remède sans t'inipuéler s'il est tiop amer, lixamine bien seulement, tendi'e el prudente amie, si ce malade peut encore guérir. Je le vois moi-même, tout est fini! Je puis lui pardonner, il ne me pardonnera pas. Ou a besoin de lui, hélas! et

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