‹ Théatre de GoetheChapitre 166 sur 382 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

moment réiiiiis à Rome; chacun d'eux m'a déjà lait connaître son opinion par écrit sur divers passages de ce long ouvrage : j'en ai souvent pu profiter; mais il en est beancoup qui me sembleni avoir encore besoin d'un nouvel examen, et j'avouerai qu'il en est d'autres que je ne voudrais point changer sans êlrc plus cnnvaincu de la justesse des critiques qui les cond imnent. Tout cela ne peut se faire par lettres, et, eu nous rapprochant, nous trancherons plus aisément toutes ces difficultés. Aussi pensais je à prier aujourd'hui le prince luimême de nie laisser partir. Je n'en ai pas trouvé l'occasion; je n'ose pins maintenant hasarder ma demande, et c'est par toi que je me flatte d'obtenir la permission qui m'est nécessaire.

ANTOMO.

Je ne crois pas qu'il soit dans ton intérêt de t' éloigner au moment mêmeoiil'aclièvementde ton poëme te recommande plus que jamais à la bienveillance du prince et de sa sœur. Le jour de la fiiveur est comme le jour de la moisson : il faut en profiter aussitôt qu'elle est mûre. En quittant ces lieux, tu ne gagneras rien, et tu perdras peut-être ce que tu as déjà gagné La [irésence est une puissante déesse : apprends à connaître son influence, et reste ici.

LE TASSE

Je n'ai rien à craindre; Alphonse est noble, il s'est toujours montré grand envers moi : et, quant à ce que j'ai le droit d'espérer, je veux ne le devoir qu'à son cœur; je ne veux surprendre aucune grâce, et rien recevoir de lui qu'il puisse se repentir de m'avoir donné.

ANTONIO

N'exige donc point qu'il te laisse partir eu ce moment; il ne le ferait qu'à regret, et je craindrais presque qu'il ne le fît pas.

LE TASSE

Il y consentira s'il en est prié comme il faut, et c'est ce que tu peux faire, si tu le veux.

ANTONIO

Mais quels motifs, dis-moi, faut-il que je fasse valoir?

24t TOl'.QUATO TASSO.

LE TASSE

Laisse Sfulement parler mon poëme par chacune de ses stances! Mon entreprise est louable, lors même que le but resterait au-dessus de mes forces. La con>tance et la peine n'ont pas manqué à mes travaux : le cours serein de plus d'un beau jour, les heures silencieuses de tant de nuils profondes, ont (Hé uniquement consacrés à ces chanis religieux! J'espérais irie lapproclier des grands maîtres que l'anliquilé propose à noiie émulation; j'espérais, plein de couiage, réveiller mes contemporains d'une longue léthargie, les appeler aux nobles actions, et peut-être alors partager avec quelque héros clirétien le danger et la gloire de saintes batailles. Mais, si mes vers doivent animer les âmes généreuses, il faut qu'ils soient digues d'elles. Je suis redevable à Alphonse de ce ipie j'ai fait, et je pourrais encoie lui devoir la perfection de mon ouvrage.

AKTOKIO.

Ne trouves tu pas ici des hommes, ce prince lui-même, qui peuvent te guider aussi bien que tes amis de Rome? Acliève ici ton poëme; c'est ici qu'il convient d'y mettre la dernière main. Va chercher ensuite à Rome le théâtre des slfets qu'il doit produire. -

LE TASSE

Alphonse a le premier inspiré ma muse, et c'est assurément lui qui, le dernier, réglera ses accords. Pour tes a^-is, pour ceux des hommes de goût que cette cour rassemble, je sais les apprécier hautement : vous déciderez donc si mes amis ne parviennent pa-< à me convaincre entièrement; mais il faut que je les voie. Gonzague a réuni pour moi un tribunal devant lequel je dois d'abord paraître, et je pouvais à peine compter sur de tels juges : Flaminio dei Nobili, Angelio da Barga, Antoniano, Speron S[)eroni! Tu les connaîtras. — Quels noms! la confiance et la crainte agitent à la fois mon espiit, qui s'y. soumet avec joie.

ANTONIO

Tu ne penses qu'à toi et tu ne penses pas au prince. Je te le dis, il ne te laissera point partir; ou, s'il y consent, ce cou-

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