‹ Théatre de GoetheChapitre 167 sur 382 · ACTE IV. 24r · texte numérisé non relu

ACTE IV. 24r

sentemeni liùcoùtern. Peux-tu bien désirer ce qu'il nepourin t'aocorder qu'à n gnt? et dois-je moi-même m'eu)[)lo\ er pour une chose que je ne [luis approuver?

LE TASSE

Ainsi tu me reluses le premier semce qui mette à l'épreuve i amitié que tu viens de m'olîrir?

ANTONIO

L'amilié véritnMese pionire à refuser quand il le faut, et l'on obtient d'elle un bien trop souvent l'uiie.*te tpiand elle consulte pliiiôt les vœux que l'inlérèt de celui qui la sollicite. Tu me semblés en ce moment Irouver raisonnable ce que tu désires ardemment, et tu veux tout d'un coup l'obtenir. L'homme qui se trompe remplace en violence ce qui lui manque en force, eu vérité; mais mou devoir m'oblige à modérer autant qu'il m'est possible l'empressement qui t'égare.

LE TASSE

Je connais de|)uis longtemps cette tyrannie de l'amitié, qui de toutes les tyrannies me semble la plus insupportable. Tu penses autrement que moi, tu crois pour cela penser avec plus de justesse. Je me plais à le recoimaitre, tu veux mon bien; n'exige pas cependant que je le cherche à ta manière.

ANTOKIO.

Et dois-je donc ainsi te nuire de sang-froid, avec pleine et entière conviction?

LE TASSE

Je veux te délivrer de cette crainte ! Tes discours ne me retiendront pas. Je suis libre, m'as tu dit; la porte m'est doiic ouverte pour parvenir jusqu'au prince. Je te laisse le choix : toi ou moi! Alphonse va partir, il n'y a pas un moment à perdre; cboisis vite! Si tu ne vas pas lui parle. \y vais moimême. Advienne que voudra.

ANTONIO

Accorde-moi au moins quelque délai! Attends le retour au prince ! Pas a uj ou i d ' h u i !

LE TASSE

Non, s'il se peut, à cette heure! les pieds me brûlent sur

24o TORQUATO TASSO.

10:^ pa>és de marbre! mon âme ne peut trouver de repos jus(|n'à ce que mes pas précipités soulèvent en liberté la poussière des voies qui conduisent à Rome. Je t'en prie! Tu vois combien peu, dans ce moment, je suis en état de parler à mon maître; lu vois, — et comment le cacher? — qu'en ce monent je ne puis me contenir, que nul pouvoir au monde ne le pourrait. Non, il n'y a que des chaînes qui puissent me retenir! Mus Alphonse n'est pas un tyivui, ses ordres me rendent la liberté. Avec quelle joie je leur obéissais autrefois '. obéir aujourd'hui m'est unpossiblel Aujourd'hui seidemeiit, laissemoi à toute cette énergie de l'indépendance; que mon esprit puisse enfin se retrouver lui-même! je rentrerai bientôt dans le devoir.

ANTONIO

Tu me jettes dans une cruelle incertitude. Que dois-je Taire? Je le sens bien, l'erreur est contagieuse.

LE TASSE

Si je dois croire que tu veux mon bien, fais ce que je désire, fais ce que tu peux ! Que le prince me laisse partir, et que je ne perde pas ses bonnes grâces, ses secours! voilà ce que je te devrai, voilà ce qu'il me sera doux de te devoir. Mais, si tu gardes dans ton cœur une vieille haine contre moi, si lu veux me bannir à jamais de cette cour, si tu veux à jamais ruiner ma destinée, me pousser, sans appui, dans l'immense désert du monde, persiste alors dans tes refus, et résiste à mes prières.

ANTONIO

Puisqu'il faut absolument que je te nuise, ô Tasse ! je choi' sirai du moins la route que foi-méme as choisie. L'issue prouvera qui de nous deux se trompe. Tu veux partir! je te le prcilis, à peine auras-tu quitté le seuil de cette maison que Ion cœur t'y rappellera; mais l'obstination pressera ta marche, et tu iras trouver à Rome le trouble et les chagrins qui t'y attendent, manquant ainsi ton but là comme ici. Je ne t'en [ijrie plus pour t'ofiVir un conseil : je t'annonce seulement ce qui doit infailliblement t'arriver. Du reste, lors même que

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