ACTE V. 'iti
AKTONFO.
Je ti>' te quitterai pas dans celle détresse, et si tu manques à îel |)i>iiit d'empire sur (oi-mème, je ne mainpu rai cei'tniiiement pas de patience ,
LE TASSE
il Tint donc que je me livre prisonnier dans les mains? Je me liv 1 1-, et c'en est fait! Je ne résiste pas, et ce n'en est que mieux pour moi. Laisse-moi ramener ma Irisle pensée sur la gi . iideur du bien que j'ai perdu par ma faute. Ils parlent. 0 Dieu! déjà je vois d'ici la poussière qui s'élève sous les roues des voitures... les cavaliers courent en avant... i!s s avancent vers la ville, ils en approchent! n'en suis-je [las aussi venu avec eux? Ils partent, irrités contre moi! Ail! si j'avais du moins baisé la main du prince! Ahi si j'avais pu seulement prendre congé, pour dire une fois encore : Uh ! pardonnez ! et l'entendre me répondre : Va, l'on te pardonne. — Tu ne les entendras pas, jamais! — Je veux, je veux y aller! Des adieux au moins, des adieu.\! Rendez, oh ! reiuiez-inoi pour un instant, pour un seul instant, votre piésence tutélaire! Peut-être puis-je guérir. Mais non, je suis ch.ssé, je suis banni, et... je me suis banni moi-mèuie. Je ne rencontrerai plus ce regard, je n'entendrai plus celte voix !
AMTOKIO.
Écoule celle d'un homme qui n'est point insensible à des peines si vives. Tu n'es pas si malheureux que tu le crois , !>e[tiends courage! c'est trop t'ahandoiiner à toi-même.
LE TASSE
Et suis-je donc aussi malheureux que je le parais? Suis-je
^âussi laible que je me montre à tes yeux? Tout est-il donc
^.perdu? I.a douleur, comme si -la terre tremblait, a-t-ellc
langé l'édifice en un affreux monceau, de ruines? Le talent
Ifisl-il [iius là pour distraire, pour soutenir mon àme? La
rce qui s'élevait autrefois dans mon sein est-elle tout entière
lêinte? Ne suis-je plus rien enfin? Je me sens ravi à moi-
Sême, et celte force généreuse m'est ravie à bon tour.
ANTONIO
Tu te crois perdu tout entier? Compare-toi donc! Reconnais ce que tu es !
LE TASSE
Oui, tu mêle rappellesà propos! L'histoire ne nous fourni telle point d'exemples? N'est-il point de grand homme qui .lit plus souflèrt que je ne souffrirai jamais, et qui apparaisse pour m'engager à recouvrer mes esprits en me comparant à lui? Non ! tout est perdu ! — Une seule chose me reste. La nature nous a donné des larmes et ce cri de la douleur qui échappe à l'homme quand il ne peut plus la supporter. — Elle m'a laissé encore une voix mélodieuse pour déplorer toute ma peine, alors même qu'elle se fait sentir jusqu'au fond du cœur; et, quand les autres se taisent accahlés par la souffrance, un Dieu propice m'accorda de dire combien je souffre.
(Antonio s'apjiroche et le prend par la main.) 0 noble Autouio! tu
restes ferme, immobile, et moi je ressemble à la vague remuée par les orages. Mais considère, et ne te prévaux pas trop de ta force ! La puissante nature qui fonda ces rochers donne aussi aux flots leur mobilité. Elle envoie sa tempête, et l'onde fuit, chancelle, s'enfle et se courbe en écumant. Le soleil se mirait dans le cristal des eaux, les astres reposaient sur leur sein tendrement agité; mais l'éclat a disparu, et le calme s'est enfui. — Je ne me reconnais plus dans lepéiil, je ne rougis |)as de l'avouer. Le gouvernail est brisé, le vaisseau craciue de toutes parts, le plancher s'ouvre biusquement sous mes pieds! Antonio, mes deux bras te saisissent! Ainsi le matelot s'attache avec effort au roc contre lequel il devait échouer.
VIN BE TOTtQUàTO T4â«0
COUÉDIE EN CINQ ACTES — EN FltOSE —
PERSONNAGES
LE CHANOINE
LE COMTE
LE CHEV\L1ER
LE MARQUIS
LA MAKQUISE.
LELU MÈCi:.
LE COLO.NEL des gardes Suisses.
SAl.M"-JE\.N,doniesliquedu chanoine.
LAFLEUR, domestique du marquis.
DEU.\ .lOAlLLlIiRS de la Cour.
JEU.N'tS GARÇOiNS.
EiNFA.VTS.