SCÈNE II LE MARQUIS, L\ MARQUISE
LA MARQUISE
Je viens plus tôt que je ne l'espérais.
LE ilARQUIS.
Je suis heureux de te revoir enfin,
LA MARQUISE
Pourquoi n'es-tu pas venu au-devant de moi? le chanoine t'avait invité.
LE MARQUIS
Pardonne-moi; j'avais précisément hier beaucoup de choses à mettre eu ordre ; car tu m'avais écrit de me préjiarer à un voyage.
LA MARQUISE
Tu n'as pav h'^auconp perdu ; le chanoine a été insupportable, et la société maussade. Enfin, le comte nous surprit
284 LE GRAND COPIITE.
encore et nous chassa. Et il faut supporter les folies de cet
homme!
LE MARQUIS, souriant.
Qu'est devenue ta négociation? (avec ironie.) As-tu conquis les faveurs de la cour?
LA UARQUISE.
C'est vrai, nous ne nous sommes pas vus depuis longtemps. Tu étais absent quand je partis. Lorsque le prince et la princesse eurent quitté leur château de plaisance, je louai une petite maison de campagne dans le voisinage, et j'y habitai dans un calme absolu, tandis que le chanoine se figurait que je voyais chaque jour la princesse. Je lui envoyai des messages; je reçus de lui des lettres; enfin son espoir parvint au comble : car l'on ne peut s'imaginer le malheur de ce pauvre homme depuis que sa conduite imprudente l'a éloigné de la cour, et combien il est crédule quand on caresse ses espérances. J'auiais pu lui en faire accroire aisément, sans mettre autant d'art dans mes plans.
LE MARQUIS
Mais cette fable ne peut se soutenir longtemps.
LA MARQUISE
Ce soin me regarde. Il touche maintenant au comble de la félicité. La nuit dernière, lorsqu'd me reçut à sa campagne, je lui donnai une lettre de la princesse...
LE MARQUIS
Ue la princesse!
LA MARQUISE
Que j'avais écrite moi-même; elle était conçue en termes gméraux : la porteuse, était-il dit, ajouterait le reste.
LE MARQUIS
Eh bien!
LA MARQUISE
Je lui annonçais les bonnes dispositions de la princesse; je l'assurais qu'elle intercéderait auprès de son père, et obtiendrait qu'il lui rendît ses bonnes grâces.
LE MARQUIS
Bien! mais quel avantage le promels-tu de tout cela?