‹ Théatre de GoetheChapitre 199 sur 382 · SCÈNE IV Les Précédents, LE CHEVALIER · texte numérisé non relu

SCÈNE IV Les Précédents, LE CHEVALIER

11 paraît que vous avez aussi peu dormi que moi.

LE CHEVALIER

Certes, celle fois, le comte a bien exercé notie patience, et pailiculièrenient la mienne. 11 nous a fait rester une grande heure dans le jardin; puis il nous a ordonné de monter en voiture et de retourner chez nous ; pour lui, il est entré dans la maison avec le chanoine.

LA MARQUISE

Enfin, nous voici donc tous arrivés heureusement à la ville.

LE CHEVALIER

Mademoiselle est votre nièce que vous nous avez annoncée?

LA MARQUISE

C'est elle.

LE CHEVALIER

Je vous prie de me présenter à elle.

LA MARQUISE

Voici le chevalier Greville, mon digne ami.

LA NIÈCE

Je me réjouis de faire une aussi agréable connaissance.

LE CHEVALIER, la considérant avec attenUon.

Votre tante n'a rien dit de trop; certes, vous serez le plus bel ornement de notre société.

LA NIÈCE

Je m'aperçois qu'il faut s'accoutumer dans le grand monde à entendre ces expressions flatteuses. Je sens combien je les mérite peu, et j'en suis cou fuse au fond au cœur; il y a peu

de temps encore, de pareils compliments m'auraient fort embarrassée,

LE CHEVALIER

Qu'elle parle bien '.^

LA MARQUISE s'assied.

Ne vous disais-je pas d'avance qu'elle pourrait vous devenir dangereuse ?

LE CHEVALIER s'assied près d'elle.

Vous plaisantez, marquise.

Le marquis prie par gestes sa nièce de lui arranger quelque chose à la cocarde (le son chapeau, au cordon de sa canne; elle le fait en s'asseyanl à une petite table en face de la marquise; le marquis demeure debout auprès d'elle.

LA MARQUISE

Comment avez-vous laissé le chanoine?

LE CHEVALIER

Il paraissait triste et embarrassé; je ne l'en blâme pas; le comie nous a surpris, et je dirai même qu'il venait pour nous Ions Tort à contre-temps.

LA MARQUISE

Et ne voidiez-vous pas lutter à main armée contre ses esprits?

LE CHEVALIER

Je vous assure que depuis très-longtemps l'arrogance du comte m'éiait insupportable; je lui aurais déjà plusieurs lois offert le duel si son état, son âge, son expérience et ses autres qualités, plus que sa bonté pour moi, ne m'eussent inspiré le plus grand respect; je ne le nie pas : souvent il m'est suspect; parfois il me fait l'effet d'un menteur, d'un imposteur, et en même temps je suis attaché et comme enchaîné à lui, par le pouvoir de sa présence.

LA MARQUISE

A qui cela n'arnve-t-il pas?

LE CHEVALIER

A vous aussi?

LA MARQUISB.

A moi aussi.

Page 1