SCÈNE IV Les Précédents, LE CHEVALIER
11 paraît que vous avez aussi peu dormi que moi.
LE CHEVALIER
Certes, celle fois, le comte a bien exercé notie patience, et pailiculièrenient la mienne. 11 nous a fait rester une grande heure dans le jardin; puis il nous a ordonné de monter en voiture et de retourner chez nous ; pour lui, il est entré dans la maison avec le chanoine.
LA MARQUISE
Enfin, nous voici donc tous arrivés heureusement à la ville.
LE CHEVALIER
Mademoiselle est votre nièce que vous nous avez annoncée?
LA MARQUISE
C'est elle.
LE CHEVALIER
Je vous prie de me présenter à elle.
LA MARQUISE
Voici le chevalier Greville, mon digne ami.
LA NIÈCE
Je me réjouis de faire une aussi agréable connaissance.
LE CHEVALIER, la considérant avec attenUon.
Votre tante n'a rien dit de trop; certes, vous serez le plus bel ornement de notre société.
LA NIÈCE
Je m'aperçois qu'il faut s'accoutumer dans le grand monde à entendre ces expressions flatteuses. Je sens combien je les mérite peu, et j'en suis cou fuse au fond au cœur; il y a peu
de temps encore, de pareils compliments m'auraient fort embarrassée,
LE CHEVALIER
Qu'elle parle bien '.^
LA MARQUISE s'assied.
Ne vous disais-je pas d'avance qu'elle pourrait vous devenir dangereuse ?
LE CHEVALIER s'assied près d'elle.
Vous plaisantez, marquise.
Le marquis prie par gestes sa nièce de lui arranger quelque chose à la cocarde (le son chapeau, au cordon de sa canne; elle le fait en s'asseyanl à une petite table en face de la marquise; le marquis demeure debout auprès d'elle.
LA MARQUISE
Comment avez-vous laissé le chanoine?
LE CHEVALIER
Il paraissait triste et embarrassé; je ne l'en blâme pas; le comie nous a surpris, et je dirai même qu'il venait pour nous Ions Tort à contre-temps.
LA MARQUISE
Et ne voidiez-vous pas lutter à main armée contre ses esprits?
LE CHEVALIER
Je vous assure que depuis très-longtemps l'arrogance du comte m'éiait insupportable; je lui aurais déjà plusieurs lois offert le duel si son état, son âge, son expérience et ses autres qualités, plus que sa bonté pour moi, ne m'eussent inspiré le plus grand respect; je ne le nie pas : souvent il m'est suspect; parfois il me fait l'effet d'un menteur, d'un imposteur, et en même temps je suis attaché et comme enchaîné à lui, par le pouvoir de sa présence.
LA MARQUISE
A qui cela n'arnve-t-il pas?
LE CHEVALIER
A vous aussi?
LA MARQUISB.
A moi aussi.