‹ Théatre de GoetheChapitre 200 sur 382 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

LE CHi:VALIER.

Et ses miracles ! ses esprits !

LA MARQUISE

Nous avons des preuves si fortes, si sures de sa puissance surnaturelle, que ma raison y est prise, qnand même mon cœur ne s'accommoderait pas de ses façons.

LE CHEVALIER

Je me trouve dans le même cas, quoique mes doutes soient plus forts. Mais cela doit se décider bientôt, aujourd'hui même, car je ne crois pas qu'il y ait moyen de l'éviter. Lorsque aujourd'hui, vers le midi, il nous donna la liberlé de surtii' du jardin (car je dois avouer que nous lui obéissions ponctuel;ement, et qu'aucun de nous ne hasardait un seul pas sans son ordre), il vint à nous et s'écria : « Soyez bénis, vous qui obéissez à la main d'un père qui vous châtie; la plus bt^lle lécompense vous est assurée. J'ai vu le fond de vos coeurs. Je les ai trouvés droits. Aussi devez-vous aujourd'hui même connaître

LA MARQUISE

Aujourd'hui même?

LE CHEVALIER

Il l'a promis.

LA MARQUISE

A-t-il expliqué comment il le Cerait voir, en quel lieu?

LE CHEVALv?fl.

Dans la maison du chanoine, dans la loge égyptienne, où il nous a initiés. Ce soir.

LA MARQUISE

Je ne comprends pas. Le Grand Cophte serait-il déjà arrivé ?

LE CHEVALIER

C'est incompréhensible pour moi.

LA MARQUISE

Le chanoine le connaîtrait-il, et l'aurait-il caché jusqu'à présent?

LE CHEVALIER

Je ne sais que penser; mais, ouoi qu'il en soit, je suis

29i LE GI'.AKD GOPllTL.

déterminé à démasquer l'imposteur dès que je le découvrirai.

En amie, je ne puis vous conseiller une aussi héroïque entreprise; croyez-vons que ce soit une chose si facile?

LE CHEVALIER

Quel miracle a-l-ii donc fait devant nos yeux? et, je vous !;• demande, s'il continue à nous faire attendre le Grand f ophte, si enfin tout cela aboutit à une mascarade, s'il veut nous imposer un vagabond de son espèce comme le grand maître de son art, avec quelle facilité les yeux du chanoine et de toute la bande se dessilleront !

LA MARQUISE

Ne le croyez pas, chevalier; les hommes aiment mieux l'obscurilé que le grand jour, et c'est précisément dans lobcurité qu'apparaissent les fantômes : et réfléchissez alors à quel danger vous vous exposez si, par une action précipitée et inconsidérée, vous offensez un tel homme. Je le vénère toujours comme un être surnaturel. Et sa magnanimité, sa libéralité, sa bienveillance pour vous ! ne vous a-t-il pas présenté dans la maison du chanoine? ne vous favorise-l-il pas de toutes les manières? ne pouvez-vous pas espérer de faire par lui votre bonheur, bonheur qui est pour vous très-éloigné, puisque vous n'êtes que le troisième de votre famille? Mais vous êtes distrait. Je me trompe Ibrt, chevalier, ou vos yeux sont plus occupés de ma nièce que votre esprit ne l'est de mes paroles.

LE CHEVALIER

Pardonnez-moi ma curiosité. Un objet nouveau attire toujours les regards.

LA MARQUISE

Surtout quand il est séduisant.

LE MARQUIS, qui jusqu'alors s'est entretenu bas avee la nièce.

Vous êtes distraite et vos yeux semblent dirigés de ce côté

LA KIÈCE.

Je regardais ma tante; elle n'a pas changé depuis que je ne i'ai vue.

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