‹ Théatre de GoetheChapitre 2 sur 382 · ACTE I. S · texte numérisé non relu

ACTE I. S

victoire naivellement remportée. Je devance à la liàte le roi et rarmée oour vous apprendre (}ue l'un et l'an Ire s'approchent.

IPHIGÉNIE

Nou> sommes prêts à les recevoir dignement, et notre déesse attend d'un œil favorable le sacrifice que va lui olfiir la main de Thoas.

ARCAS

Que ne tionvé-je aussi le regard de la digne et noble prêtresse, ton regard, ô vierge sainte, plus serein et plus brillant, présage heureux pour nous tous; mais le voile d'un secret chagrin couvre encore ton cœnr. Les années s'écoulent sans que nous puissions obtenir de toi la moindre confiance: depuis que je te connais dans tes augustes fonctions, voilà le regard devant leipiel je frémis toujours; et ton âme reste comme rivée dans ton sein par des liens de fer.

IFHIGÉXIE.

Comme il convient à l'exilée, à l'orpheline.

ARCAS

Te semble-l-il être ici orpheline ou exilée?

IPHIGÉNIE

La terre étrangère peut-elle devenir pour nous la patrie?

ARCAS

Mais la patrie elle-même t'est devenue étrangère.

IPHIGÉiSIE.

Et voilà pourquoi mon cœur saignant ne guérit point. Dans la prenuère jeunesse, quand mon àme commençait à peine à s'attacher à mon père, à ma mère, à ma laniille; quand les jeunes rejetons d une tige commune, doucement unis, s'élançaient ensemble du vieux tronc vers le ciel, hélas! une m?lédiclion inconcevable s'appesantit sur moi, m'arracha aiiiX objets (le mon amoiii', et d'une main de fer rompit ces doux liens. Klle disparut alors, la joie de ma jeunesse, la félicité des premières années : je fus, il est vrai, sauvée de la mort, mais néainnoiiis jene suis plus qu'une ombre, je le sens, el le doux plaisir de la vie ne refleurira plus pour moi.

I rPHlGENIE EN TAUUIDE.

AnCAS.

Si lu prélends être si malheureuse, je serai en droit de l'appeler ingrate.

IPHICÉME.

Vous recevez sans cesse le tribut de ma reconnaissance.

ARCAS

Il est vrai; mais non de cette reconnaissance qui est le prix du bienfait, de ce regard joyeux qui témoigne à l'hôte d'une viecontenle, d'un cœur hienveilhnt. Lorsqu'un de>tin pro foniléinent mystérieux te conduisit à ce tenqile, il y a bien des années, Thoas t'accueillit, te Iraila avec respect et amour, comme une envoyée du ciel, et il lut pour toif.tvorable et ami, ce rivage si terrible pour les étrangers, puisque, avant toi, nul n'y aborda sans être immolé, d'ajirès l'anliqne usage, comme une victime expiatoire, sur les marches sacrées ilu temple d( Diane.

IPHIGÉNIE

ries|)irer librement n'est pas ce qui fait la vie. Quelle est celle vie que mes saintes Ibnclions m'obligent à passer ici dans le deuil, semblable à une ombre qui erre autour de son ton. beau? Et peut-on dire qu'on a la conscience d'une vie Iieuieiisc, (juand cha(]ue jour consumé dans des sonees stériles nous prépare à ces jours lugubres que la noire troupe des morts, s'oubliant elle-même, célèbre sur les bords du Létlié? Une vie inulile est une mort- anticipée. Plus cruellement qie tonle autre, je subis le sort commun des femmes.

ARCAS

Ce noble orgueil qui le rend mécontente de toi-même, je te le pardonne, tout en le déplorant, car il t'enlève la jouissance de la vie. Tu n'as rien fait ici depuis ton arrivée? et qui a donc rasséréné l'âme sombre du roi? Qui a su, par sa douce persuasion, suspendre l'ancien et cruel usage qui veut que cha([iie étranger laisse sa vie et son sang au pied de l'autel de Diane? Qui a sauvé tant de fois les prisonniers d'une mort certaine, et les a renvoyés au sein de leur patrie".' La déesse, loin d'être irritée de la perte de ce sanglant sacrifice, n'at-€lle PIS largement exaucé tes douces prières? La victoire

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