‹ Théatre de GoetheChapitre 3 sur 382 · ACTE I. i · texte numérisé non relu

ACTE I. i

propice ifétciul-elle passes ailes sur l'armée, et niêrne ne vole-l-elle pas en avant de nos guerriers? Cliacnn ne jouit-il pas d'un meilleur sort depuis que le roi, tpii nous gouverna si longtemps par la sagesse et le courage, a appris aussi de loi la douceur et la clémence, et nous a rendu plus faciles les devoirs de la silencieuse obéissance? Diras-tu (pie tu es inuhle, lorsque ta présence répand le bonheur sur des niilliets d'hommes, que tu deviens pour le peuple auipiel un dieu t'a envoyée l'étemelle source d'une lélicité nouvelle, et que sur ce rivage mortel et inhospitalier tu ouvres à l'étranger que tu sauves le chemin de sa patrie?

IPHIGÉNIE

Ce qui est fait semble bien peu de chose devant tout ce qui reste à faire.

ARCAS

Loues-tu donc celui qui n'apprécie pas ce qu'il fait?

IPHIGÉNIE

On blâme celui qui pèse la valeur de ses actions.

ARC AS

Et celui qui, trop fier, ne les estuue pas ce qu'elles valent réellement, tout aussi bien que celui qui, trop vaniteux, en rehausse flmsscmcnt le prix. Crois-moi, écoute un homme qui t'est fidèlement dévoué; si aujourd'hui le roi s'entretient avec toi, n'arrête point sur ses lèvres l'expression de sa pensée.

IPHIGÉiME.

Tu m'affliges en voulant me persuader; déjà souvent j'ai éludé avec peine ses propositions.

ARCAS

Réfléchis à ce que tu feras et à ce qui t'est vraiment utile. Depuis que le roi a perdu son fils, il ne se livre qu'à un petit nombre des siens, et aujourd'hui moins qu'iutrefois. Il regarde d'un œil jaloux tous les enfants nobles; il croit voir dans chacun d'eux son successeur. 11 craint une vieillesse solitaire sans consolalion, peut-être une audacieuse révolte et une moi t prématurée. Le Scjtbe ne connaît puint dans ses discours le choix des parole--, et le roi moins que tout autre. Habitué à commander et » agir, il ignore l'ait de ménager

e IPHIGENIE EN TAURIDE-

de loin un enLivlien confonne à ses vues; ne le lui rends pas j)ôiiih!e par la réserve et l'hésitation, et en feignant à dessein (le ne pas le com[)ren(lre : f.iis au moins la moilié du clieiuiii.

IPHIGENIE.

Dois-je hâter le coup qui me menace?

ARCAS

Donneras-tii le nom de menace à la démarche qu'il fait près de loi?

IPHIGENIE.

C'est pour moi la plus terrible de toutes.

AliCAS.

Accorde-lui au moins ta confiance en retour de sa tendresse.

IPHIGENIE.

Il faut d'abord qu'il délivre mon âme de la crainte.

Ar.CAS.

Pourquoi lui dissimuler ta naissance?

IPHIGENIE.

Parce que le mystère sied à une prêlresse,

ARC AS

Pour le roi rien ne devrait être un my-tère; el, quoiqu'il n'exige pas la vérilé, il sent néanmoins, et il sent profondément dans sa grande âme que tu t'enveloppes. à ses yeux.

IPHIGENIE.

Serait-il donc irrité contre moi?

ARCAS

On le dirait presque; il paile peu de toi; cependant quef ques mois échappés au hasard m'ont appris que son âme V formé l'irrévocable vœu de le [josséder. Je t'en conjure, ne l'abandonne pas à lui-même : crains que le chagrin ne s'amasse dans son cœur et ne te remplisse un jour d'effroi, pour avoir pensé trop lard à cet avis fidèle.

IPUlGuNIE.

Eh quoi! une idée que l'homme am' des dieux ne doit point concevoir, le roil'a-l-il c(inçne?Songe-t-il à m'arracher de cet autel ponr me jeler dans son lit? lili bien! j'invoque

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