SCENE I
LE CHANOINE, tenant des papiers à la main.
Reparaîtrai-je encore, le cœur plein de joie et d'espérance, levant les beaux yeux, adorable princesse? ma tristesse peut- ^\\e attendre enfin de tes lèvres qiiel([ue consolation? — Je flotte encore dans l'incertitude. — Les voilà ces traits précieux (moniraut les papier^); je icconnais t;\ main, tes sentiments; mais ce n'e^t encore qu'une politesse banale ; il n'y a pas encore sur ces feuillets une seule syllabe de ce que je désire si ardemment. — Insensé, et que souhaites-tu? — N'est-ce pas déjà assez qu'elle t'écrive? qu'elle t'écrive une si longue lettre, — et la simple initiale de son nom mise au bas de cette lettre ne serait-elle pas une preuve de ses sentiments lieuieu-
soc LE GRAND COPIIIÊ.
sèment changés? — Changés"? ■ — Non, elle n'a jamais changé! tlli' s'est tue qu.ind on m'a repoussé; elle a dissimulé afin de iii'èlre utile; elle me récompense maintenant par une confiance dix fois plus grande, et elle trouvera bientôt l'occasion de me replacer au faîte de la faveur. — Elle désire un collier précieux, et me charge de lui procurer ce bijou à l'insu de ïon jière; elle m'envoie sa garantie, et cette circonstance entretiendra ses relations avec moi à cause des payements; j'avance volontiers le premier terme, pour me l'attacher d'une manière encore plus indissoluble. — Oui, tu seras... tu seras... dois-je prononcer ce mot devant ton image? tu seias à moi!... Quelle parole! quelle pensée! déjà la félicité comble de nouveau mon cœur. — Oui, cette image semble st mouvoir, me sourire, m'adresser un signe amical. La sévérité s'éloigne du front du prince. 11 me regarde d'un air gracieux, comme dans ces jours oij il me fit présent, par une aimable surprise, de ces précieux tableaux. Et elle! — Ah! descends vers moi, divinité, descends!... Ou élève-moi jusqu'à ta hau» teur, si je ne dois pas mourir à tes yeux!