I.E CHEVALIER
Oh ! apprends-nous peu à peu à les épeler.
LE COMTE
Avant toutes choses, il faut que vous reconnaissiez que leur vertu ne dépend pas du mouvement des lèvres, ni des syllabes prononcées, mais bien du cœur qui envoie ces syllabes à la bouche. Vous apprendrez le pouvoir qu'une âme in« nocente a sur les esprits.
LA NIÈCE, à pari.
.4h Dieu ! il va m'appeler ; je tremble, mon cœur palpite; que je jouerai mal mon rôle! Je voudrais être bien loin d'ici et n'avoir jamais vu cet homme.
LE COMTE
Approche-toi, belle et innocente enfant; approche sans crainte. Livre ton cœur à la joie d'avoir été choisie four le Dunheur auquel un si grjnd nombre aspire
LE CHANOIiNE.
iue va-t-il résulter de cela ?
ACTi: Hî. 329-
LE CHEVALIER
Quel projet avez-voiis?
LE COMTE
.\lteiulez cl faites aHeiiîion.
Musique. — Le comte fait un ?igiic : un trépied s'élève de teire; il supporte UD glohe illumiDé. Le comte l'ail signe ù la nièce, met sur la tète de celte jeune iille le voile qu'il portait au^iaravanl lu -même, île nvmière cependant que son visage demeure découvert. Hle va se placer derrière le trépied. Pendant celte cérémonie, le comte abandonne sou air impérieux; il se montre aimable, gracieux, cl plein de respect pour la nièce. Les enfants, avec leurs encensoirs, se placeni à côté du troided. Le comte se lient toul près de la nièce, les autres se groupent avec grâce. Les jeunes gens sont devant. La nièce a les yeux fixé.s sur le globe; la société les a sur elle; chacun est plein d'atten'.ion. Elle semble p; onuncer quelques paroles, et se courbe ensuile en arrière, avec 1 étonnement d'une personne qui voit quelque chose d'inatundu ; elle demeure d;ins cette position. — La musique cesse.
Que vois-Ui, clièie eiifaiil? Ne crains rien; contiens-toi; nous sommes à tes côtés.
LE CHEVALIER
Que peut-elle voir? que dira-t-elle?
LE CHANOINE
Silence ! elle parle.
La nièce dit quelques mots, mais si bas qu'on ne peut les comprenore. LE COMTE.
Haut, mon enfant; plus haut, que chacun puisse l'entendre.
Je vois des cires brillantes qui brûlent dans une chambre magnifique. Je distingue maintenant des tapis de la Chine, des sculptures dorées, un lustre. Mille clartés m'éblouissent.
LE COMTE
Accoutume ton œil à ce spectacle; regarde fixement. Que vois-tu encore? n'y a-t-il personne dans la chambre?
Lâ NIÈCE.
Ici !... laissez-moi le temps,. , ici, à la lueur d'un flam* beau... assise à une table... j'aperçois une dame...; elle écrit...; elle lit.
LE CH.^NOINE.
Dis-moi; peux-tu la reconnaître? quel «ir a-t-elle? qu'estce? ne tais rien.
To?- LE GRAÎND COPHTE.
LA NlfiCE.
Je ne puis voir son visage : sa personne se balance à mes yeux, comme une image dans une eau agitée.
LA. JIAUQUISE, à part.
L'aimable enfant répète sa leçon à merveille.
LE MARQUIS
l'admire la feinle. 0 nature, de quoi n'es-tu pas capable !
LA NIÈCE
Maintenant... maintenant, je puis voir plus distinctement son vêtement. Une robe bleu-céleste tombe auloiu" de son fauteuil ; elle est semée d'étoiles d'argent comme le firrriament.
LE CHANOINE, à la marquise.
Me voici donc au comble du bonheur! c'est ma chère princesse. On m'a parlé de celte robe bleue parsemée de mouches d'argent, qui semblent des étoiles aux yeux de cette enfant. Écoulons.
LA NIÈCE
Que vois-je? Grand maître, sublime Cophte, éloigne-toi de moi. Je vois des objets effrayants.
LE COMTE
Demeure sans crainte, et parle. Que vois-tu?
LA NIÈCE
Je vois deux esprits derrière le fauteuil ; ils semblent chuchoter, l'un après l'autre, quelque chose à l'oreille de la dame,
LE COMTE
Sont-ils hideux?
LA KIÈCE.
Non, mais je frissonne.
LE COMTE, au chanoine.
Ces esprits parlent dans l'intérêt d'un ami. Peux-tu reconnaître la dame? connais-tu l'ami? <'
LE CHANOINE, lui baisant la main.
Tu peux être assuré de ma reconnaissance éternelle.
LA NIÈCE
Elle est inquiète. Le murmure des esprits l'empêche de lire