LA FEMME DE CHAMBRE
C'est un habit que vous m'avez ordonné de porter au tailleur.
LA NIÈCE
Bon; tâche qu'il me le rende, s'il est possible, demain ou ;iprès-demain. (La femme de chambre sort.) Maintenant me voici habillée comme ma tante l'a ordonné. Que peut signifier ce nouvel arlifice? Si je réfléchis à ce qui m'est arrivé aujourd'hui, j'ai tout à craindre. A peine suis-je remise de cette scène ellrayante, et déjà l'on exige que je change de vêtements; même, si mes yeux ne me trompent pas, cet habit est semblable à celui de la princesse, que j'ai décrit. Le chanoine aime la princesse, et c'est moi qui dois la représenter. Dans quelles mains suis-je tombée? que dois-je attendre? Quel cruel usage fait ma tante de la confiance que je lui ai si étourdiment témoignée! Malheur à moi! je ne vois personne vers qui me tourner. Les sentiments du marquis sont maintenant clairs pour moi. C'est un homme vain, imprudent et léger qui m'a rendue malheureuse, et consentira bientôt à ma perle pour se défaire de moi. Le chanoine n'est pas moins dangereux. Le comte est un trompeur. Ah! le chevalier serait le seul à qui je pourrais avoir recours. Sa figure, sa conduite, ses sentiments m'ont fait voir en lui un jeune
homme actif et sûr; et je ne lui ai pas été, je crois, itidifforenle. Mais liélas! trompée par la scène impudente et mensongère (les esprits, il me regarde comme une ciéalure digne de la plus grande vénération. Que dois-je lui avouer? que dois-je lui confier? Advienne que pourra, je veux tenter cette chance. Qu'ai-je à perdre? ne suis-jepas, dans ce peu d'heures, arrivée jusqu'au désespoir. Quoiqu'il en puisse résulter, je vais lui écrire. Je le verrai; je me confierai à lui. Cet homme généreux peut me blâmer, mais non me repousser. 11 me cherchera un asile. Un cloître, une pension seront pour moi un séjour agréable. {Elle parle et écrit à mesure.) « Une fille infortunée qui a besoin de votre secours, et dont vous ne concevrez pas une opinion défavorable, parce qu'elle a confiance en vous, vous demande pour demain malin un quart d'heure d'entielien. Tenez-vous dans le voisinage; je vous ferai dire si je suis seule. La triste position dans laquelle je me trouve, me force à cette démarche équivoque. » Le sort en est jeté. Le petit Jack sera bien, je pense, un messager fidèle. (Elle va
à la pjrle et appelle.) Jack !