ACTE V
LE CHANOINE
Ne parlez point, ô déesse; c'est assez de votre présence. Quand vous m'échapperiez de nouveau, le souvenir de cet ius-lant délicieux ferait mon bonheur à jamais. Le monde est plein de vos mérites; votre beauté, votre esprit, vos vertus lavissent tout l'univers. Vous êtes comme une divinité qu'on n'approche (pie pour la supplier et lui demander l'impossible Et moi aussi, princesse
Ah! levez-vous, monsieur.
LE CHAKOINE.
Ne m'interrompez pas. Et moi aussi, je viens, non ^ous prier, mais vous remercier du miracle divin par lequel vous avez sauvé ma vie.
LÀ. NIÈCE se levant.
C'est assez.
LE CHANOIKE toujours à genoux et la retenant.
Oui, c'est assez de paroles ; trop de paroles. Pardonnez-moi : les dieux eux-mêmes pardonnent quand nous les prions avec des paroles convenables, quoiqu'ils connaissent depuis longtemps nos besoins et nos vœux. Pardonnez à mes paroles. Hélas ' l'homme nurait-il autre chose à donner que des paroles, s'il ne voulait donner que ce qui lui appartient vraiment? Vous donnez beaucoup à vos sujets, grande princesse; pas un jour ne s'écoule qui ne soit marqué par vos bienfaits; mais, je puis dire en cet heureux moment, que je suis le seul qui aie reçu votre faveur à un si haut degré, le seul qui puisse se dire : « Elle t'accorde ton pardon d'une manière qui t'élève plus que j mais tu n'aurais pu tomber. Elle t'annonce ses bonnes grài ■ ? d'une manière qui est l'éternel gage de ses sentiments. Elit fait ton bonheur, le consolide, l'éternisé, tout cela en un m ment, »
LA NIÈCE fait un mouve.i"nt en avant qui oblige le chanoine à s« lever.
Éloignez-vous ; on vient. Nous nous reverrons.
E'ic a tendu la main au chaanine pemlant qu'il s'est relevé, et laisic la rose dans i es mains en se reculant.
354 LE GRAND ' OPHTE.
LE CHAHOîNE.
Oui, maiiitonnnl je venx fuir, je veux résister au brûlant
désir qui me pousse à l;i témérité, (il s'approcl)e d'elle vivement et
îttiiic aussitôt.) Non, ne craignez rien; mais laissez-moi exprimer ce que je sens; car le reste de ma vie dépend de votre volonté. Je puis tout avouei', parce que j'ai sur moi-même assez d'empire pour affronter un si délicieux moment. Bannissez-moi pour jamais de votre présence, si vous m'enlevez l'espérance de me reposer un jour dans ces bras, de tous les tourments justes et injustes que j'ai soufferts. Prononcez un seul mot.
Il la prend par la main.
LA NIÈCE, lui pressant la main.
Tout, tout ; mais maintenant éloignez-vous.
LE CHANOINE, lui baisant les mains.
Vous me rendez le plus heureux des hommes. Régnez sur moi sans partage.
Deux cors se font entendre dans réloignemenl, et produisent ensemble la plus agréable cadence. Le chanoine, pendant ce temps, reste la bouche collée sur les maiiis delà nièce.