‹ Théatre de GoetheChapitre 251 sur 382 · ACTE V · texte numérisé non relu

ACTE V

LE MARQUIS embrasse sa nièce et l'attire de son côté.

Par ici, diarniante enfant ; venez avec moi. Ma voiture est devant celle porte.

LA NIÈCE tremblante.

0 Dieu, que deviendra tout ceci?

LA MARQUISE, saii-issant sa nièce.

Que signifie cela, marquis? Ëtes-vous fou?

LE MARQUIS

Point de bruit : cette jeune fille m'appartient. Abandonnezmoi cette adorahle créature pour laquelle j'épronve le plus ardent amoiu". eî je vous promets, en revanche, d'exécuter fidèlement tout ce que vous m'avez recommandé. Jo part pour l'Angleterre, je soigne vos intérêts ; nous vous attendons là, et vous y faisons le meilleur, le plus gracieux accueil; mais laissez-moi cette jeune fille.

LA MARQUISE

Cela n'est pas possible. Suivez-moi ma nièce. Que répondez-vous à la témérité de mon mari? Parlez : èles-vous d'intelligence avec lui ?

LA NIÈCE tremblante.

Ma tante

LE JIARQOIS, continuant à l'attirer de son côté.

Avouez-le-lui; point de dissimulation : c'est un plan concerté ; veutz ; point de résistance, ou je fais du bruit, et suis cap^nble, dans mon désespoir, de nous trahir tous,

LA MARQUISE

Affreux ! Affreux ! Je suis perdue !

Les cors font entenJre une sonnerie, et se taisent de nouveau. LE COLONEL, qui ramène le c'nanoine et est suivi de deui Suisses.

Par ici, monsieur, par ici.

LE CHANOINE

De quel droit osez- vous m'arrèter? Cette promenade n'estelle pas libre à tout le monde?

LE COLONEL

Aux promené irs. oui, mais non pas aux malfaiteurs. Vous n'échapperez pa>; icndez-vous de bonne giàce.

J556 Li: GRAND COPHTE.

LE CHANOINE

Me croyez-vous sans armes?

Il saisit dans fa poctie un pistolet qu'il présente au colonel. LE COLONEL.

Serrez celte arme. Vous pouvez tirer sur moi, mais non sortir de ce jardin : tontes les avenues sont occupées: nul ne peut sortir. Abandonnez-vous au destin que vous êtes venu chercher de vous-même.

LA SIARQUISE, qui pendant cet entretien est demeurée attentive et a recueilli ce; paroles.

Quelle arrivée inattendue ! Venez de ce côté. Si nous ne sommes d'accord, nous nous perdrons tous ensemble. (La mar-

quiïc, le marquis et la nièce veulent se retirer du côté par où 11= iont

entrés; deux Suisses leur barrent le passage.) C'en est fait de nous'

LE MARQDIS

Nous sommes trahis I

LA KIÈCE.

Je suis perdue !

LE CHANOINE qui, en ce moment, vient se placer i côté de la nièce.

ODieu!

LE COLONEL

Que personne ne bouge. Vous êtes tous mes prisonniers.

LE CHANOINE, montrant la nièce.

Et cette dame aussi?

LE COLONEL

Certainement.

LE CHANOINE

Mon malheur est si grand, que je ne puis y arrêter ma

pensée.

LE COLONEL

Pas si grand que votre imprudence.

LE CHANOINE

Je consens à essuyer tous les reproches, à supporter tout ce que la justice offensée peut imposer de peines; je vous .«îuis; traînez-moi dans un cachot si cela vous est ordonné; seulement respectez cet être plus qu'humain. Cachez, niez ce que vous avez vu; imaginez d'autres circonstances; vous

Page 1