‹ Théatre de GoetheChapitre 252 sur 382 · ACTE V · texte numérisé non relu

ACTE V

rendrez an prince un plus grnnd service qu'en lui découvrant l'effroyable vérité qiic sa fille, sa fille unique et cliérie...

LE COLONEL

Je connais mon devoir. Je ne vois ici que mes prisonniers; je ne songe qu'à mon ordre, et je l'accomplirai.

LA MARQUISE

Où tout cela tend-il?

LE MARQUIS

Oh! pourquoi suis-je venu ici?

LA MÈCE.

Mes craintes étaient fondées.

LE CHANOINE

Je suis donc le plus infoitnné des hommes! Quelle intention a-t-on ici? Est-il possible! que pent ordonner le prince contre ce qu'il a de plus cher au monde? Ma souveraine... mes amis... c'est moi qui fais votre malheur! Oh! pourquoi faut-il que je vive? pouripioi aimer ainsi? pourquoi n'ai-je pns suivi la pensée (|ui m'est venue plus d'une fois d'aller sur une terre étrangère émonsser mon cœur et mon ambition en les appliquant à d'antres objets? Pourquoi n'ai-je pas fui? Ah! pourquoi des liens m'ont-ils toujours retenu? Je pourrais vous faire des reproches, me maudire, me h.iïr, et cependant, si je m'examine en ce moment, je ne puis désirer un autre sort. Je suis encore le plus heureux mortel au sein de mon malheur!

LE COLO.NEL

Terminez, monsieur, car il en est temps, et écoutez-moi.

LE CHANOINE

Oui, je vais finir; mais déUvrez d'abord notre souveraine. Juoi! elle demeurerait ici dans des ténèbres humides pour ritendie l'arrêt d'un malheureux qu'elle honore de son inérèt! Xon, qu'elle retourne dans ses appartements; qu'elle ne reste pas phis longtemps exposée aux regards de ces vau- I iens qui se réjouissent de sa confusion. Hàtez-vous, hâtezvous, princesse : qui pourra vous résister? Et cet homme qui ose me faire prisonnier, et ces colosses qui m'arrêtenf a'ec leurs hallebardes, sont tous vos serviteurs. Partez :

adieu. Qui tentera de vous retenir? Mais n'oubliez pas un homme qui a pu enfin se prosterner à vos genoux, qui a osé enfin avouer que vous êtes tout pour lui dans l'univers. Jetez un dernier regard sur ses tourments, sur sa douleur, et puis abandonnez-le au cruel destin qui a conspiré contre lui.

Il se jette .lUX pieds de la nièce, qui s'appuie sur la marquise; le morqnis est près d'elle, dans un grand embarras; ce qui forme sur le côté droit du théâtre, un groupe dans lequel se trouvent les deux Suisses. Le colonel et deu.t autres Suisses occupent le côté gauche de la scène.

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