‹ Théatre de GoetheChapitre 272 sur 382 · II · texte numérisé non relu

II

ilO LE GÉNÉRAL CITOYEN.

SCHNAPS

il faut que je voie...

Il se pencbe dehora. Quoi donc?

SCHNAPS

Comment se comportent mes soldats.

GEORGE, de même.

C'est sa voix; quelle tournure a le drôle!

SCHNAPS

Bravo ! mes amis.

MARTIN

A qui eu avez-vous?

SCHNAPS

Ne voyez-vous pas comme mes gens dansent autour de l'arbre de la liberté?

MARTIN

Êtes- VOUS fou? Je ne vois pas âme qui bouge.

GEORGE

11 l'est vraiment. Que signifie tout cela? Le père s'enferme avec lui; comme le voilà déguisé! C'est heureux que j'aie trouvé la porte de derrière ouverte.

SCHNAPS

Et voyez pourtant comme on donne à vos femmes, à vos filles l'idée de la liberté et de l'égalité.

MARTIN, voulant se dégager, et retenu p;ir Schnaps.

C'est par trop fort.

Qu'ont-ils à dire ensemble? Je n'y comprends rien, (u regarde autour de lui.) Qu'est-ce que cela veut dire? L'armoire j ouverte?... Du lait aigri tout préparé?... mais c'est un déjeuner?

SCHNAPS

Ainsi donc, réjouissez-vous de voir tout uni et satisfait.

MARTIN

u faut que sa tête ait singulièrement travaillé. Je ne vois rien.

LE GÉNÉRAL CITOIEN. 41t

GEORGE, se retirant à l'écart.

11 faut que j'écoute.

SCHNAPS

Je vois cela en esprit, vous le verrez bientôt de vos yeux devant votre maison.

MARTIN

Mais maintenant, je n'y vois rien de bon dans ma maison.

SCHNAPS, allant encore une fois à la fenêtre et regardant dehors, dit à part :

Tout est tranquille et sûr ; maintenant vite au repas. Il va à la table.

MARTIN

Que n'es-tu ailleurs qu'ici !

SCHNAPS

Oh ! aimable soupe de la liberté et de l'égalité, «ois la bienvenue ! Voyez ceci.

Qu'est-ce?

SCHNAPS

Voilà le général citoyen qui s'assied.

MARTIN

Je le pensais.

SCHNAPS

Et qui la consomme.

MARTIS

Tout seul?

SCHNAPS

Non pas, avec les siens.

MARTIN

C'est honnête.

SCHNAPS

Asseyez-vous, citoyen Martin.

MARTIJI.

Grand , merci.

SCHNAM

Livrez-vous à votre appétit.

MARTIH.

Je n'ai pas faim.

SCHNAPS

Ne soyez pas si timide avec moi, nous sommes tous égaux.

MARTIN

Je le vois.

SCHNAPS

Vous êtes un brave citoyen.

UARTIN.

Je n'en savais rien.

SCHNAPS

Je vous ferai mon caporal.

MARTIN

C'est beaucoup d'honneur.

SCHNAPS

Asseyez-vous, mon caporal.

MARTIN

Vous plaisantez, nwn général.

SCHNAPS, se levant, et d'un ton complimenteur.

Non, caporal.

MARTIN

Mon général !

George, pendant ce temps s'est approché doucement, et frappe Schnaps d« son bâton au moment où il s'incline.

Qu'est-ce que c'est?

GEORGE

Mon général!

*■' MARTIH,

Bravo! George.

GEORGE, battant Schnapi,

Mon caporal!

SCHNAPS

Sainte liberté, assiste-moil

GEORGE

Je te trouve ici!

MARTIN

Alerte!

SCHNAPS

Sainte égalité, protége-moi !

GEORGE

Chante, je battrai la mesnre.

SCHNAPS, tirant son sabre et se mettant en défense

Sainte puissance de la révolution, délivre-moi!...

GEORGE

Quoi? tu veux te défendre?

Prends garde ; le drôle est désespéré.

GEORGE

Le misérable ! il faut qu'il y vienne.

11 fond sur Schnaps.

SCHNAPS

Oh! malheur à moi!

GEORGE

Tu t'en ressentiras.

MARTIN

Prends son sabre.

GEORGE le désarme.

Je l'ai déjà.

SCHNAPS, se retranchant derrière la table et la chsia«^ Maintenant, il faut capituler.

GEORGE

Avance î

"^'HUAPS.

Mon cher George, je plaisantais.

GEORGE . Il veut le battre et ne frappe que la table. Je plaisante aussi.

MARTIK.

Touche-le donc !

SCHNAPS, quittant son poste, et courant autour de la chambre»

Ou bien....

GEORGE, le poursuivant.

Cela ne te mènera à rien.

SCHNAPS, passant près de lafenêtra.

Au secours! au secours !

il4 LE GÉNÉRAL CITOYEN.

GE3RGE, le pourchassant.

Veux-tu te taire ?

SCHHAPS, de même.

Au feu! au feu!

MARTIN, lui barrant le chemin.

Ferme-lui la bouche.

SCHiNAPS, retranché derrière deux chaises,.

Epargnez-moi, c'est assez.

GEORGE

Veux-tu sortir?

SCHNAPS. 11 leur jette la chaise dans les jambes.

Voilà pour vous.

GEORGE

Attends un peu.

Quel sot!

Je te rejoindrai.

SCHNAPS

11 s'échappe par la porte de derridn.

GEORGE

.. Sjurt après lui.

MARTIN reste et se frotte la jambe que la chaise a atteinte, il boite tout \2 . reste de la pièce.

Le drôle ! ma jambe ! il l'a bien reçu tout de même.

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