‹ Théatre de GoetheChapitre 296 sur 382 · SCÈNE II LA COMTESSE en négligé, LE BAILU · texte numérisé non relu

SCÈNE II LA COMTESSE en négligé, LE BAILU

LE BAILLI

Votre Excellence a surpris ses serviteurs d'une manière fort agréable, quoique inattendue, et nous regrettons seulement qu'elle ait été effrayée d'un si triste spectacle à son arrivée. Nous avions fait tous les préparatifs pour votre réception; les branches de sapin destinées à vous élever un arc-detriomphe sont déjà dans la cour; toutes les communes voulaient se ranger près de la voiture, et vous accueillir par de jojeux vivats. Chacun se réjouissait à l'avance de mettre son habit de fêle et de parer ses enfants pour une occasion aussi solennelle

LA COMTESSE

Je suis bien aise que ces bonnes gens ne se soient pas placés des deux côtés de ma voilure, car il m'aurait été impossible de leur faire une mine amicale, et encore moins à vous, monsieur le bailli !

LE BAILLI

Comment donc? commetit avons-nous mérité votre disgrâce?

LA COMTESSE

Je ne puis vous dissimuler que j'étais très-mécontente en passant hiîr par cet abominable chemin qui commence juste-

ment avec mes possessions. J'avais effectué mon grand voyage presque toujours sur de bonnes routes; et je ne suis pas plutôt rentrée chez moi, que j'en trouve une, non-seulement plus gâtée que l'année dernière, mais si délestabie, qu'on peut dire qu'elle rassemble tous les désagréments d'une mauvaise chaussée : c'était tantôt des ornières prolbndes qui menaçaient de culbuter la voiture, et d'où l'on avait peine à tirer les chevaux, tantôt des pierres jetées péle-mêie les unes sur les autres, en telle quantité que, durant un quait-d'heure, on était secoué, même dans la voiture la plus douce, d'une manière iiisup[Jortable. Cela m'étonnerait que ma chaise ne fût pas endommagée.

LE BAILLI

Votre Excellence ne me condamnera pas sans m'avoir entendu; mon zèle à ne céder aucun des droits de Votre Excellence est l'unique cause du mauvais état de la route.

LA COMTESSE

Je conçois !

LE BAILLI

Vous me permettrez d'exposer à votre vue pénétrante combien peu il m'aurait convenu de céder un seul cheveu à ces paysans rebelles. Ils sont obligés de réparer la route; et comme Votre Excellence a ordonné une chaussée, ils doivent faire une chaussée.

LA COMTESSE

Quelques communes y consentaient.

LE BAILLI

Voilà justement le mal; on a amené les pierres; mais lorsque les autres, qui se refusaient à travailler, les eurent entraînés dans leur rébellion, ils laissèrent là les pierres; et peu à pou, tant par nécessité que par malice, elles furent jetées dans les ornières, ce qui rendit en effet le .chemin un peu rabotev.x.

LA COMTESSE

Vous appelez cela un peu raboteux?

Page 1