‹ Théatre de GoetheChapitre 297 sur 382 · ACTE H · texte numérisé non relu

ACTE H

quelquefois parcouru cette route avec beaucoup de salislaction : c'est un e.\ce!ieiil remède contre l'hypocondrie, que de se faire secouer de cette manière.

LA COMTESSE

€'est, je l'avoue, un remède assez singulier.

LE BAILLI

Effectivement, notre route pourrait sembler impraticable à quelqu'un qui serait habitué aux belles chaussées, car depuis une année on n'a pu songer à la raccommoder à cause du procès qui se plaide au tribunal impérial; joint à cela que les transports de bois sont tiès- réquents, et que, dans ces derniers jours, il y a eu beaucoup de pluie.

LA COMTESSE

Vous dites qu'elle pourrait sembler impraticable? je crois

qu'elle l'est bien en effet.

LE BAILLI

Votre Excellence veut plaisanter, car enfin l'on peut toujours avancer.

Là COMTESSE.

C'est tout au plus; j'ai mis six heures pour faire deux lieues.

LE BAILLI

J'ai mis encore bien davantage, il y a quelques jours. Deux fois je m'en suis tiré heureusement; mais, la troisième, une roue a cassé, et j'ai été obligé de me faire traîner de la soi te. Mais à tousces accidents fâcheux j'opposais du courage et de la gaieté, car je pensais que les droits de Votre Excellence et ceux de monsieur son fds étaient sauvegardés. J'avoue avec sincérité que j'aimerais mieux aller sur de pareils chemins d'ici à Paris, que de céder d'un pas, quand le droit et l'autorité de Votre Seigneurie sont contestés. Je voudrais que Votre Excellence pensât de même ; certainement elle n'aurait pas été si mécontente de cette route.

Là COMTESSE.

Je dois vous dire que je suis loin de partager votre sentiment à cet égard, et que si j'étais la propriétaire de ces biens, au lieu d'en avoir simplement l'administiation, je passerais

4j(j LhS REVOLTES.

sur bien des obstacles; j'écoulerais mon cœur, qui me com» mande la modération, et ma raison, qui m'enseigne à distinguer le profit réel de celui qui n'est qu'apparent. Je serais génoreu^e coaime il convient à celui qui a le pouvoir; je me i:arderais, soub les dehois du dioit, île tenir à des demandes dont à peine y souhaiterais l'accomplissement, et qui, au cas où je rencontrerais de la résistance, m'ôteraient poui' toujours la pleine puissance d'une possession que je pourrais améliorer vil agis>aut plus raisonnablement. Un conirat supportable et l'iisageimmédiat valent mieux qu'un piocès londéqui meclia- ^TJne, et d'oij je ne vois aucun avantage à retirer pour mes descendants.

LE BAILLI

Votre Excellence me permettra d'être d'un avis contraire. Un procès est une chose si attrayante, que, si j'étais riclie, j'en achèterais plutôt que de vivre privé de ce plaisir,

11 sort.

LA COMTESSE

Il me paraît qu'il veut s'enrichir de nos biens.

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