‹ Théatre de GoetheChapitre 304 sur 382 · SCÈNE I . LA COMTESSE, LE CONSEILLER · texte numérisé non relu

SCÈNE I . LA COMTESSE, LE CONSEILLER

LA COMTESSE

Je m'en rapporte à votre conscience, cher ami. Réfléchissez aux moyens qu'on pourrait prendre pour mettre fin à cet ennuyeux procès. Votre profonde connaissance des lois, votre raison et votre humanité trouveront sans doute un expédient propre à nous tirer d'une affaire aussi embarrassante. Autrefois il m'importait peu que le droit me fût favorable ou contraire, pourvu que le fait fût pour moi. Qui possède, pensais-je, est le mieux partagé; mais depuis que j'ai appris avec quelle facilité l'injustice s'accumule de génération en génération ; depuis que j'ai observé que les actions généreuses sont d'ordinaire purement personnelles, et que l'égoïsme seul trouve des héritiers; depuis que j'ai vu de mes propres yeux que la nature humaine peut être opprimée et humiliée jusqu'à im certain point, mais qu'on ne saurait l'étouffer ni la détruire : j'ai résolu d'éviter avec soin toute aciion qui me paraîtrait injuste, et de qualifier ouvertement de telles actions, soit parmi les miens, soit dans la société, à la cour comme à la ville. Je ne passerai aucune injustice sous silence; je ne supporterai aucune bassesse sous les dehors de Ja grandeur, au risque même de mériter le nom odieux de démocrate,

LE CONSEILLER

A merveille, comtesse; je me réjouis de vous retrouver telle, ou mieux même encore que lorsque je pris congé de vous. Vous étiez une écolière des grands hommes qui ont fl\jiiené notre liberté par leurs écrits, et maintenant je vois en

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