ACTE IV
BRÈME
Tranqnillisez-vons. N'avez-vous p;is vu aujourd'hui comuie les nobles étaient mal à leur aise? N'avez-vous pas entendu tout ce que nous avons dit en présence de la comiesse?
'MARTIN
Oui; mais ce n'était que pour plaisanter.
ALBERT
C'était assez dur pour une plaisanterie.
BRÈME
Âvez-vous entendu comme je sais défendre votre cause? S'il iejallait pour loul de bon, je me présenterais ainsi devant l'empereur. Et que dites-vous du magister? Ne s'est-il pas trèsbien montré aussi?
ALBERT
Oui; mais ils vous l'ont joliment rendu. Je croyais qu'on en viendrait aux coups; et notre gracieuse comtesse! c'était comme si feu Son Excellence eût été là eu personne.
BRÈME
Laissez-moi là ces titres, il leur faudra bientôt s'en passer. Voyez, j'ai déjà fini les lettres que j'enverrai dans les villages voisins. Il faut qu'ils se révoltent et qu'ils appellent à eux ieurs voisins, aussitôt que nous aurons commencé, MMTin.
Cela peut faire quelque chose.
BRÈME
Je le crois bien! et alors on crie : honneur à qui de droit! c'est-à-dire à vous, mes cliers enfants. Vous serez regardés comme les libérateurs du pays.
MARTIN
C'est vous, monsieur Brème, qui remporterez les plus grands éloges.
BRÈME
Non, non, cela n'est pas juste; il faut que tous soient égaux.
MARTIN
C'est pourtant vous qui avez commencé.
ftOG LES REVOLTES.
BRÈME
Donnez-moi vos mains, braves gens ! Ainsi se réunirent les irois grands hommes libérateurs de la Suisse, Guillaume Tell, \VaUer Stanbbacb et Fûrst, d'Uri. Ainsi, dis-je, ils se réunirent sur le Griilli, et là jurèi'enfe aux tyrans une haine éternelle, à leurs compilriol es une éternelle liberté. Combien de fois u'a-t-(in pas représenté en portraits et en gravures ces ^ ameux héros! Le même honneur nous attend. C'est dans oelte même position que nous passerons à la postérité.
MAUTIN.
Je suis surpris de la vivacité avec laquelle vous vous figurez fout cela. •
ALBERT
Je crains bien qu'avec loat cela nous n'allions faire la grimace en charrette. Ecoutez! quelqu'un soime. Le cœur me tremble dans le corps au moindi^e bruit.
BRÊÎIE.
Fi donc! Je vais voir; ce sera le magisler,jelui ai dit de venir. La comtesse lui a donné son congé; elle l'a gravement offensé : nous l'entraînerons facilement dans notre parti. .\yant un ecclési8sti(]ue parmi nous, c'est une garantie de plus pour notre entreprise.
MARTIH.
Un ecclésiastique et uu savant 1
BRÊHE.
Pour ce qui est du savoir, je ne lui cède en rien ; et en politi ;ue, particulièrement, il a beaucoup moins de lecture que I! oi. J'avais déjà parcouru dans ma jeunesse toutes les chroiiijues que j'ai héritées de mon grand-père défunt, et je sais pai" cœur le Théâtre européen. Celui qui possèile à fond ce qui s'est fait sait en même temps ce qui se fait et ce qui se fei<\. C'est toujours la même chose : rien de nouveau dans le rronde. Le magister entre. Attendez; faisons-hii une réception solennelle. Il faut tâcher de lui inspirer du l'e^p et : nous figurons les représentants, et, en quelque sorte, le noyau de toute la nation. Asseyez- vous.
Il place trois chaises d'un côté du théâtre et une de l'autre côté; les deux
Âcri: IV. 4'j:
maires s'asseyent, et lorsque le magisler criîre, Crème s'assied vile ar milieu d'eux, et prend un air grave.