‹ Théatre de GoetheChapitre 308 sur 382 · SCÈNE II Les PiiÉcÉDEKTS, LE MAGISTER · texte numérisé non relu

SCÈNE II Les PiiÉcÉDEKTS, LE MAGISTER

LE MAGISTER

Bonjour, monsieur Brème; qu'y a-t-il de nouveau? vous avez, dites-vous, une chose d'importance à me communiquer?

BP.ÊME.

De grande importance, il est vrai; asseyez- vous. (Le ma-

gister veut prendre la chaise vacante qui est de l'autre côté du théâtre,

et l'approcher des leurs.) Non, non, restez-là, asseyez-vous là; uDus ne savons pas encore si vous vous asseoirez de notre côté,

LE MAGISTER

Singuliers préparatifs !

BRÈME

Vous ê(es un homme libre par votre naissance, libre par vos principes, ecclésiastique, de plus, enfin un homme respectable; vous êtes respectable parce que vous êtes ecilésiaslique et plus respectible encore parce que vous êtes libre; vous êtes libre, parce que vous êtes noble, et vous êtes d'mi grand prix, parce que vous êtes libre. Eh bien ! que nous a-t-il fallu supporter? nous avons dû vous voir méprisé, insulté; mais, en même temps, nous avons pu voir votre noble courroux, courroux noble, en elfet, mais impuissant. Si vous croyez que nous sonmiesvos amis, vous croirez donc aus!^i que notre cœur a bondi dans notre sein au spectacle de celte indignité. Un homme de condition insulté, un homme libre menacé, un ecclésiastique méprisé, un fiilèle serviteur chassé! et remaicpiez ([ue vous êtes insulté par des gens qui mentent eux-mênle^ de lètre; méprisé par des hommes indignes de toute estmie; ch is>é par des ingrats dont on ne voudrait accepter aucun bieniait; menacé pir un enfant, par nue petite fille... A la vérilé ceci ne parait pas signifier grand chose; mais si vous considérez que cette petite tille n'est pas une

petite tille, mais plutôt un diable incarné qu'on devrait aj>peler légion, car des millions d'esprits aristocratiques se sont emparés d'elle, vous verrez clairement le danger dont nous menacent tous les aristocrates, vous le verrez; et, si vous êtes prudent, vous prendrez vos mesures.

LE MAGISTER

A quoi tend ce singulier discours? à quelle fin doit aboutit cette bizarre introduction? diles-vous cela pour attiser le feu de ma colèie contre celte race maudiie, pour exalter ma sensibilité déjà trop iriitée? Taisez-vous! car je ne sais vraiment pas de quoi mou cœur mortifié seiait capable. Comment, après tant de services, après tant de sacrifices, me traiter ainsi ! me mettre à la porte ! et pourquoi cela? à cause d'une misérable bosse, à cause d'un nez meurtri, clioses qui n'empêchent pas des centaines d'enfants de sauter et de jouer comme auparavant. Mais cela vient à point, justement à point! Ils ignorent, les grands, qui ils olfenst-nt en nous; ils ignorent que nous avons des langues, que nous avons des plumes !

BRÈME

Ce noble courroux me plaît. Je vous demande donc, au nom de tous les hommes nobles, libres et dignes de l'être, si vous voulez vouer cette langue, cette plume, dès àprésent, au ieivice de la liberté?

LE MAGISTER

Oui, certes, je le veux, je le ferai.

BRÈME

Vous ne laisserez échapper aucune occnsion de concourir à ce but sublime auquel l'humanité entière aspire.

LE MAGISTER

Je vous en donne ma parole.

BRÈME

Eh bien ! donnez-moi votre main à moi et à ces hommes-là.

LE MAGISTER

A chacun de vous! mais ces hommes qui sont traités en esclaves, qu'oul-ils à démèier avec la liberté?

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