ACTE I
nt partager plus cordialement avec un de ses sujets l'élan imr et si vif de la joie paternelle?
LE liOI.
Tu parles de joies paternelles! les as-tu jamais senties? Ton fils unique, par son naturel rude et sauvage, par ses loilos dépendes, ses embarras d'argent et ses Ciiprices opiniâtres, ne dérangeait-il pas sa fortune, aussi bien qu'il
oublait ta vieillesse indulgente? A-t-il tout d'un coup changé
' caractère?
LE DCC
De lui je n'attends pas de jours heureux. Son esprit troulA't n'enfante que des nuages qui trop souvent, hélas! obs-
ici-^sent mon horizon. Un astre différent, une autre lumière
'- réjouit ; de même que la fable raconte qu'au fond d'obs- I ures cavernes mille étincelantes escarboucles, par leur éclat ioux et brillant, animent délicieusement le^ secrètes terreurs îies nuits désertes; de même un bien miraculeux m'est
inbé en partage, trop heureux mortel que je suis; ce bien, ' le soigne plus que la jxisseâsion de richesses disputées, i ius que mes yeux , plus que ma vie ; il me remplit à la fois !e joie et de crainte, d'inquiétude et de plaisir,
LE ROI
Ne parle pas mystérieusement d'un mystère.
LE DUC
Qui parlerait avec assurance de ses fautes devant la masté royale, si elle seule ne pouvait changer ce mal en bien en bonheur?
LE ROI
Ce trésor si cher et si caché...
LE DDC.
Eit une filîe.
LE ROI
Une fille! Eh quoi! mon oncle, comme les dieux de la i'able, esl-il furtivement descendu vers un monde inférieur, pour y chercher le bonheur de l'amour et le ch?jme de la paternité"
400 LA FiLLE NATURELLE.
La grandeur, comme l'humilité, nous force à agir secrètement. Celle à laquelle un sort singulier m'unit avec mystère était placée trop haut pour moi; c'est à cause d'elle que ta cour porte encore le deuil , et partage ainsi mes douleurs cachées.
LE ROI
La princesse, qu'on respectait si fort, ma proche parente, morte de[)uis peu ?
LE DUC
Est sa mère. Permets , ah ! permets-moi de parler uniquement de son enfant, de cette enfant toujours plus digne de ses pareuls, et qui jouit de la vie avec un noble orgueil. Que tout le reste demeure enseveli avec la mère, avec celle femme si élevée en lang et douée de qualités si belles : s;i mort m'ouvre la bouche; je puis enfin nommer ma fille devant mon roi , je puis le prier de la relever jusqu'à moi , jusqu'à son propre rang, et de lui rendre, par sa bonté, en présence de la cour, du royaume et du monde entier, le titre <le princesse qu'elle tient de sa naissance.
LE ROI
Si la nièce que lu veux nous amener tout élevée réunit on elle les vertus de son père et celle de sa mère, la cour et la famille royale seront forcées d'admirer le lever d'un nouvel astre qui remplacera celui dont nous venons d'être prives.
LE DUC
Apprends à la connaître avant de fe déclarer en sa faveur ; ne te laisse pas prévenir par les éloges d'un père. La nalme lui a donné beaucoup de choses que j'admire avec ravissement, et j'ai rassemblé autour de son enfance toutceiim dépend du cercle auquel je commande; ses premiers pas oui été guidés par une femme accomplie et par un homme sage. Avec quelle ivresse et quelle gaieté elle jouit du présent! comme elle sait peindre à son imagination ce bonheur fulmdes couleurs flâneuses delà poésie! Son cœur joyeux s'attache à son père; et, taudis que son esprit , attentif an. x leçons d'hommes prudents, se développe par degrés, l'habi-
tude des exercices chevaleresques ne manque pas à son corps ■^légant. Toi-même, ô mon roi, lu l'as vue près de toi, sans 'a connaître, d;uis la foule des chasseurs. Oui, encort' aujourl'hui, celte jeune amazone qui, sur un chev.d rapide, s'est précipitée la première dans le fleuve à la xioursuite du cerf, c'était elle.
LE ROI
Nous prenions tous grand soin de cette noble enfant; je ^uis charmé d'apprendre qu'elle est ma parente.
LE DUC
Ce n'est pas aujourd'hui pour la première fois que j'éprouve co'^iment l'orgueil et la crainte, le bonheur et l'inquiéiude, eu >e mêlant dans le cœur d'un père , le remplissent d'un sentiment surhumain,
LE ROI
Le cheval a emporté avec force et agilité cette jeune amazone pi es des rives du fleuve, au travers d'une colline boisée et sombre. C'est ainsi qu'elle m'a échappé.
LE DDC.
Je l'ai aperçue encore une fois avant de la perdre dans le
iabyrinlliede la chasse rapide. Qui sait vers quelle campagne
lointaine l'emporte maintenant son humeur chagrine? Elle
; aint de se trouver au rendez-vous , où elle ne peut appro-
er son monarque chéri qu'à une distance respectueuse,
usqu'à ce que celui-ci, par sa grâce, ait daigné la recon-
i litre pour une Heur de sa tige antique.
LE ROI
Quel tumulte vois-je ici? quel est ce concours de monde lii côté des rochers?
Il montre le fond du théâtre.