‹ Théatre de GoetheChapitre 334 sur 382 · ACTE i. m · texte numérisé non relu

ACTE i. m

cette foule, le petit nombre de ceux qui sont créés pour la dominer par leurs actes, leur situation, leur pouvoir, est encore plus important. Si la naissance a appelé le roi à être l'oi, elle a aussi appelé ses plus proches parents à être ses conseillers naturels, qui, par leur union avec lui, devraient proléger le royaume et le rendre heureux". Oh! plût au ciel que la di>corde au visaga feint, à la ilémarche sourde, ne se glis>àt jamais dans les hautes régions, parmi les conseils de cesclulV! ^oble nièce, je te donne un père par ma parole toute-paissaiite et royale : conserve-moi, gagne-moi le cœur :t la voix de celui qui le tient de si près. Un prince a beaucoup de contradicteurs, ne le laisse pas renforcer ce parti.

LE DOC

De quel ie[)roche tu affliges mon cœur 1

EOfiÉNIE.

Tes paroles sont incompréhensibles pour moi.

LE ROI

N'apprends pas à les comprendre trop tôt. Je t'ouvre de ma propre main les portes de notre maison royale, je t'amène sur les pavés de marbre poli ; tu admires tout eocoi^e, et tu ne présages dans l'intérieur qu'une dignité tnniquillp et le bonheur. Tu tiouveras autre cliose. Oui, lu es venue dans un temps oii ton roi, lorsqu'il célébrera Je jour qui lui donna la vie, ne t'appellera pas à une i'ète sans nuage. Cependant ce jour me sera ugréable à cause de toi; je te verrai en public, «u milieu de notre cercle, et tous les yeux seront fixés sur toi. La nature t'a donné la plus belle parure; laisse à ton roi et à ton père le soin de l'orner comme il convient à une princesse.

EU6ÉME.

Les cris inarticulés du saisissement, les gestes les plus e^tpressifs, pourraienl-ils peindre la joie dont tu viens d'inouder mon cœur? Seigneur, permets-moi de me mettre à les pieds sans pouvoir rien l'exprimer.

Elle veut s'agenouiller.

LE ROI, la retenant.

Tu ne dois pas l'agenouiller.

<tJ8 LA FILLE NATURELLE.

EUGÉNIE

Ah ! bisse-moi jouir du bonheur d'un abandon parfait. Loisque, dans des moments rapides et pleins d'enlbousiasme, iioiis nous redressons eu nous alfermissant sur nous-mêmes comi!;e sur notre propre soutien, gais, confiants, alors la terre et le ci<^l semblent nous appartenir. Cependant ce qui f;iit plojer Its genoux dans un moment de ravissement est aussi un sentiment doux; on exprime mieux, dans celte position, ce (lu'on peut offrir en pur sacrifice de gratitude et d'amour à son père, à son roi, à son Dieu.

Elle tombe aux genoux du roi.

LE DUC. (11 se met aussi à genoux.)

Permets-moi de te renouveler mes hommages.

EUGÉME.

Reçois-nous pour tes vassaux à jamais.

LE ROI

Relevez-votis, et placez-vous près de moi dans le cœur des fidèles qui, à mes côtés, protègent coiislamuent le bien. Ce temps a des signes effrayants; les inférieurs s'élèvent, les supérieurs s'abaissent, comme si chacun ne pouvait trouver l'accomplissenieut de ses vœux insensés qu'en prenant la place des autres, et ne se sentir heureux que lorsqu'il n'y aura plus de distinction, et lorsque, confondus, nous serons tous entraînés d'un même cours vers l'Océan, sans laisser de traces après nous. Ah! résistons avec courage et redoublons d'elforts pour conserver ce qui peut nous sauver, nous et notre peuple; oublions les différends qui du dedans excitent le puissant contre le puissant et percent le navire, qui ne saurait résister aux vagues du dehors qu'en luttant avec force contre elles.

EUGÉNIE

Quelle nouvelle et bienfaisante lumière m'éclaire et me dirige au lieu de m'éblouir! Eh quoi! notre roi nous estime assez pour nous avouer ce qu'il attend de nous, et nous ne sommes plus simplement ses parents; sa confiance nous élève à l'emploi le plus sublime. Lorsque les nobles de son royaume se pressent autour de lui pour protéger son sein, il nous de-

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