‹ Théatre de GoetheChapitre 341 sur 382 · SCÈNE m EUGÉNIE, LA BIAl'lRESSE DE LA COUR · texte numérisé non relu

SCÈNE m EUGÉNIE, LA BIAl'lRESSE DE LA COUR

KUi.É.NlE.

Je te salue, amie de mon cœur, que j'aime comme une mère; sois la bienvenue.

LA MAÎTIiESSE DE L\ COUR.

Je te presse avec cK'liccs contre mon sein, fille chérie, et je me réjouis de la joie qui découle de la plénitude de ta vie. Que ton œil est brillant cl calme! Quel ravissement plane sur ta bouche et sur tes joues! et que de bonheur o( pieuse ton >ein agité!

EDGÉME.

Un grand accident m'était ariivé; le cheval et sa conductrice sont tombés du haut du rocher.

LA MAÎTRESSE DE LA CODR

Ah! Dieu!

EUGÉNIE

Sois tranquille; tu me revois, après cette chute, gaie et pleine de santé.

LA MAÎTRESSE DE LA COUR

Comment?...

EUGÉNIE

Tu apprendras de quelle manière ce malheur a été pour moi la source du bonheur.

LA MAÎTRESSE DE LA COUR

Souvent aussi, liélas! le bonheur enfante la peine.

EUGÉNIE

Ne profère pas de tristes [laroles, et ne m'effraye pas d'à» vance par la crainte des soucis.

LA MAÎTRESSE DE LA COUR

Tu devrais me confier tout ce qui t'arrive.

A toi plutôt qu'à toute autre. Mais pour l'instant, chère amie, laisse-moi; je voudrais me lelrouver au milieu de mes propres sentiments. Tu sais combien mou père est sali>fait

£li LA FILLE Î<ATIIRELLE.

lorsque je le surprends par quelque petite pièce de poésiep telle que la faveur de la Muse m'en voulut inspirer en quelques occasions. Laisse-moi. Des idées riantes volli:4eut autour (le moi, je veirx les saisir au passage, autrement elles m'échap- [)eraieut

LA MAÎTRESSE DE LA COUR

Quand revienilront ces entretiens qui suffisaient autrefois à nous réunir pendant une longue suite d'heures paisibles? Quand pourrons-nous, semblables à de jeunes filles qui ne peuvent se lasser de se montrer leurs parures, nous ouvrir les replis les plus secrets de nos cœurs, et nous laire jouir mutuellement avec tendresse des trésors ([u'ils renferment?

EUGÉNIE

Ces heures de calme et de confiance, dont on aime à se souvenir et là se parler, reviendront aussi. Mais aujourd'hui laisse- moi dans une solitude complète, pour répondre à ce que ce jour demande de moi.

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