‹ Théatre de GoetheChapitre 348 sur 382 · SCÈNE I LE SECHÉTAIRE, L'ABBÉ · texte numérisé non relu

SCÈNE I LE SECHÉTAIRE, L'ABBÉ

lE SECRÉTAIRE.

Entre silencieusement d;ins cette demeure silencieuse. La maison semble morte. Le duc dort, et la tristesse rend tous ses serviteurs immobiles el muets. Il dort; je le félicilais en moi-mèmt; tout à l'Iieure de ce çvi'il reposait sans connaissance sur son lit. Ce calme bienfaisiu.t de la naiure a soulagé l'excès de sa douleur. Je crains pour lui le moiiienl du réveil; tu verras un homme bien accablé.

l'abbé.

J'y SUIS préparé, n'en doutez pas.

LE SECRÉTAIRE

Il y a peu d'heures qu'il a reçu la nouvelle qu'Eugénie ptiiil morte d'une chute Je cheval : on lui raconta qu'on l'avait Iransportée chez vous comme à l'endroit le plus proche (le ces masses de rochers oiielle a affronté la niûWt avec aiît d'iiaprudence.

l'abbé.

Pendant ce temps, ou a pris soin de l'éloigner?

LE SECRÉTAIRE

On l'entraîne te plus rapidement possible.

l'abbé.

A qui avez-vous confié une tâche aussi d il ficile!

* LE SECRÉTAIRE

A la femme prudente qui nous appartient.

l'abbé.

De quul côté l'avez-vous envoyée?

LE cÈcuiÎTAlHE.

Au poil le plus éloigué de ce Jov.uime,

l'abbé.

El de là, sans douLe, aux pays li s plus lointains?

LE SECliÉTAIRE.

f.e premier vent favorable l'euiniène.

l'abbé.

[•]t ici elle doit à jam.iis passer pour morte?

LE SECRÉTAIRE

Ton récit doit le faire croire.

l'abbé.

I! faut que l'erreur produise son elfet dès les premiers mo îipnts pour qu'elle se perpétue à jamais, il faut que l'imapi nation se représente le cadavre et le tombeau de cette jeune fille; je décliirerai son image chérie de mille manières, et je praverai ce malheur en traits de fen dans la mémoire de mes aiiditturs terrifiés. Déjà pour tous elle s'est évanouie, elle a disparu dans le néant de la poussière. Chacun s'empresse de reporter ses regards vers la vie, et, dans l'ivresse des désirs mondains, oublie qu'elle aussi, elle a été au nombre des vivants.

LE SECRÉTAIRE

Tu te mets à l'œuvre avec beaucoup de hardiesse; mais ne crains-tu pas des remords pour l'avenir? l'abbé.

iji:cllc question me fais-tu là! Nous sommes résolus.

LE secrétaire.

Un malaise intérieur nous trouble malgré nous à l'heure df l'oxéciition.

l'abbé.

Qu'entends-je! toi délicat? ou serait-ce seulement pour essayer si vous avez réussi à faire de moi un bon élève? le secrétaire.

On ne réfléchit jamais trop aux choses importantes.

l'abbé.

11 faut y réfléchir avant l'exécution.

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