‹ Théatre de GoetheChapitre 349 sur 382 · CTE · texte numérisé non relu

CTE

LU SECr.ÉïAIUE.

Oneii trouve l'occasion même pendant l'exéculion.

LABlil':.

Quant à moi, je ne puis plus hésiler : cela était jion alors que je viv.iis dans le paradis des jouissances modestes que je m'étais créées, alors qu'eiilermé dans létr ite enceinte des haies de mon jardin je j; reliais les arbres plantés de mes mains, et que les hundiles planches de mon potager suffisaient à garnir mon humble table; alors la joie répandait un sentiment d'abondance sur tout ce qui m'entourait dans ma pauvre maison ; je parlais à .mes paroi^siens selon la portée de mes vues et selon les impidsiuns de mon cœur, comme un père et comme un ami ; ma main secourait le bon dans ses nécessités, repoussait le méchant et le vice. Pourquoi mon bon génie ne t'a-t-il pas chas^é loin de ma poite, ce jour oii tu vins y frapper pendant la chasse, accablé de iàtignes et dévoré de soif? tu sus me charmer par de douces paioles et par des manières flatteuses. Ce beau jom, voué à l'Iiospitalité, fut pour moi le dernier d'une paii goûtée avec tant de délices.

LE SECRÉTAIRE

Nous t'avons procuré bien des jouissances, l'abbé.

Et vous m'avez imposé bien des besoins. Je devins pauvre en fréquentant les riches, soucieux parle besoin, indigent en ne pouvant me passer de l'assistance d'autrni. Vous me donnâtes des secours, maie je les achetai bien cher. Vous me prîtes pour partager votre bonheur et seconder vos plans : je devrais dire que vous fites un esclave tourmenté d'un homme libre jusqu'alors. Et d'ailleurs, si vous m'avez pris ■| vos gages, ne m'avez-vous pas toujours refusé le prix que ,e vous demandais?

LE SECRÉTAIRE

Compte que dans peu nous t'accablerons de richesses, i honneurs et de bénéfices.

l'abbé.

Ce n'est pas ce que j'attendais.

2i LA FILLE NATURELLE.

LE SECRÉTAIRE

Et quelle nouvelle clemunde as-tu donc à faire?

l'abbé.

Jusqu'à présent, et cette l'ois encore, vous vous êtes sen'i tle moi comme d'un instrument passif. On exile cette enfaiil. du monde des vivants, je suis chargé de cacher et de colorèf ce crime; vous l'avez conçu et exécuté sans moi. Mais de ce moment je demande à prendre place aux conseils où le> choses se décident, où chacun, fier de ses moyens et de ses forces, ojjne sur des actes monstrueux et inévitables.

LE SECRÉTAIRE

Tu acquiers de nouveaux droits et de bien grands à iioh ■ confiance en t'uuissant cette fois encore à nous. Tu apprendras bientôt de graves secrets; jusque-là prends patience ei sois ferme.

l'abbé.

Je le suis, et plus que vous ne le pensez. Depuis longlemji.>; j'ai pénétré vos plans, et celui-là seul qui sait les prévoir el les deviner mérite tl'y être initié.

Que [)iévois-tu, et que sais-tu?

l'abbé.

Nous en parlerons cette nuit. l,e triste sort de cette jeune fille se perd à mes yeux comme un ruisseau dans l'Océan, depuis que je songe à quelle puissance factieuse vous vou: élevez secrètement, et avec quelle ruse et quelle audace vous espérez prendre la place de ceux qui gouvernent. Vous n'éles pas les seuls; d'autres visent au même but par des chemins contraires : ainsi vous minez la patrie et le trône. Qui peut se sauver, lorsque tout tombe à la fois?

LE SECRÉTAIRE

J'entends marcher... Retiie-loi à lécart ; je t'introduirai 4uand il en sera temps.

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