‹ Théatre de GoetheChapitre 352 sur 382 · LE DUC, L'ABBÉ · texte numérisé non relu

LE DUC, L'ABBÉ

l'abbé.

Grand piince, je nourrissais depuis longtemps un vif désir de paraître devant toi, et mon vœu est exaucé au moment où nous sommes plongés tous deux dans une profonde dovdeur !

LE DOC

Quoique chargé d'ime mission pénible , sois le bienvenu. Tu l'as vue, tu as recueilli dans ton cœur son dernier regard languissant, tu as gardé dans ta mémoire ses dernières paroles, et répondu par t;i tristesse à son dernier soupir. Dismoi , parlait-elle encore? Que disait-elle? .^-t-elle pensé à sou père".' M'apporles-lu mi dernier adieu de sa bouche? l'abiîÉ.

Le messager d'une mauvaise Jiouvelle est le bienvenu tant (jue par son silence il laisse encore place dans notre cœur à 1 espérance et à l'illusion; le malheur sans ressource est odieux.

LE me.

Pourquoi hésites-lu? Que puis ]e apprendre de plus? Elle esi partie, le calme et le repos sont maintenant sur sa tombe; u. 45

ce qu'elle soiiflrit est passé pour elle, et, pour moi, cela commence : parle doue.

l'abbé.

La mort est un mal commun. Envisage ainsi le sort de ta fille morte, et que son passage de ce monde en l'autre reste si'Ciet conmie l;i nuit ilu tombeau. Ce n'est pas toujours insensiblement, par une pente douce et facile, que l'on descend dans le royaume silencieux des ombres. La destruction nous entraîne souvent au dernier repos par une douloureuse violence et des tortures inlernales.

LE DUC

Elle a donc beaucoup souffert?

l'abbé.

Beaucoup, mais pas longtemps.

LE DOC

Elle eut nn instant de soulfrance, un instant où elle appela du secours! Et moi, où étais-je alors? Quelle occupation, quel plaisir m'eiichaîn:iit? liien ne m'annonçait le malheur efiroy.ible qui déchirait ma vie. Je n'ai pas entendu les cris, ni ressenti la chuie, cause de mon désespoir sans ressources. Les pressentiments, les affinités lointaines sont des fables. L'homme, sensuel et endurci, renfermé dans le présent, ne sent {|ne le bien et le mal qui le touchent immédiatement; l'amour même est sourd dans l'absence.

l'abbé.

Quelle que soit la force des paroles, je sens combien elles sont msullisantes à consoler.

LE DOC

Les paroles blessent plus vite qu'elles ne guérissent, et, malgré toirs leurs efforts, elles chercherrt en vain à remplacer le chagrin pr'ésent par l'idée d'un bonheur qui n'est plus. Aucun secours , aucun art ne pouvait donc la ramener à la vie? (Ju'as-tu tenté, (pr'as-tu fait pour la.sauver? Certainemerrt lu n'as oublié aucun moyen.

l'abdé.

Hélas! dans l'état oii je la trouvai, on ne pouvait pen-ci à lien.

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