ACTE IV
EUGÉNIE
Mais je leur suis à tous inconnue.
LE CONSEILLER
Un tel regard ne reste pas longtemps caché.
EUGÉNIE
Ne trompe pas mon espérance facile à égarer! Oi'i nnnrrai je trouver un de mes égaux qui m'offre sa main dans mon abaissement? 0;-erai-je même lui avoir une telle obligation?
LE CONSEILLER
Il semble d'abord qu'il y ait beaucoup d'inégalités dans la vie; mais elles s'aplanissent bien vite. Par un échange continuel, un bien balance un mal, la joie guérit la souffrance! Rien n'est constant. Les jours en s'écoulant font (lispai'aîtie iiisensil lement beaucoup de di>proportions, qui bientôt par drgiés rentrent dans l'harmonie. L'amour sait rapprocher les plus grandes dislances; il sait unir parfois le ciel avec la terre.
EnCÉNIE.
Tu veux me bercer de vains songes.
LE CONSEILLER
Tu es sauvée si tu peux y cioii e.
EUGÉNIE
Montre-moi l'image fidèle de celui qui doit me sauver.
LE CONSEILLER
Je te le montre, il t'offre sa main.
EUGÉNIE
Toi! quelle légèreté !
LE CONSEILLER
Mes seutimenls sont fixés pour la vie.
EUGÉNIE
Un moment peut-il opérer de tels miracles?
LE CONSEILLER
Le miracle naît du moment.
EUGÉNIE
Mais aussi l'erreur est fille de la précipitation
LE CONSEILLER
Celui qui t'a vue ne saurait se tromper.
550 LA FILLE INATURELLE.
EUGÉNIE
L'expérience est la maîtresse de la vie.
Elle fieut égjirer, mais c'est le cœur qui décide. Ah 1 laissemoi te dire comment, il y a peu d heures, je faisais nu retour sur moi-même et me sentais isolé. Je considérais ma position, mes biens, mon élat, mon emploi, et je cherchais une épouse à mes côtés. Mon imagination, combinant ensemble les trésors recueillis par ma mémoire, la faisait passer devant mes yeux, et mon cœur n'était porté vers aucun choix. Tu as paru ; je sens maintenant ce dont j'avais besoin; mon sort est décidé.
EUGÉNIE
L'étrangère sans protection , cernée par la ruse , pourrait éprouver quelque joie et quelque oigueil à se voir ainsi estimée, aimée,» elle ne pensait pas aussi au bonheur de l'ami, de l'homme généreux, du seul homme peut-être qui veuille la secourir. Mais ne te trompes-tu pas toi-même? Oserais-tu te mesurer avec la puissance qui me menace?
LE CONSEILLER
Avec celle-l'i comme avec toutes les autres ! Un dieu nous a montré le port le plus sûr pour résister même à la furie d'une multitude tumultueuse. La paix, que tu chercherais en vain dans les climats lointains , habite la demeure oij commande un époux. L'envie inquiète, la calomnie furieuse, l'esprit de parti toujours actif, sont impuissants diius cette enceinte sacrée. La sagesse et l'amour entretiennent le bonheur, et leur présence adoucit tous les chagrins. Viens, sauve-toi par moi; je sais ce que je puis et ce que je dois promettre.
EDGÉNIE.
Es-tu roi dans ta maison?
LE CONSEILLER
Je le suis, et chacun l'est, le bon comme le méchant. Mais est-ce assez d'une seule puissance dans une maison? L'homme doit-il affliger une épouse qui l'aime, en réglant tout suivant «es propres volontés? Doit-il prendre une joie maligne à la