ACTE V. 56Ô
sans justice el sans jngement, aucune main ne s'arme en ma faveur, les saints asiles me sont fermés, ^et nul ne vent faire nu seul pas pour l'amour ds moi. L'exil!... le poids effrayant l'e ce mot m'oppresse ; je me sens déjà retranchée du corps «'es vivants, comme un membie flétri et corionipu. Je ressemble à celui qui est plongé dans un sommeil létliargi(jue, dont les sens sont paralysés, mais qui garde encore la conscience de sa vie, et se trouve le témoin muet et ininuissimt de la sépulture qu'on lui prépare. Terrible nécessité! Mais quoi! un choix ne m'est-il pas laissé? Ne puis-je pas acceplei la main du seul homme qui m'ait généreusement offert son secours? Je le |)uis; mais ma naissance et tout ce qui ni'éievail aux yeux des antres... faut-il tout perdre, renoncer à (ont e-poir de briller un jour? i\on, je ne le puis. Que plutôt la fatalité me saisisse de sa main de fer. . . Sort aveugle, emporte-moi ! . . . La volonté qui flotte incertaine entre deux maux est pire que
le mal lui-même. (La gouvernante passe derrière elle, suivie de gens
qui porteiu les bugal;e^.) Lcs voici qui viennent et qui emportent tout ce que je possède, le reste des richesses qui m'appartinrent un j'iui'. Me dérobe-t-on aussi cela? On l'enlève, et moi je suivrai bienlôl. 'Lu vent favorable tourne le pavillon du côté de la mer, et les voiles vont s'enfler. La flotte quitte le port, et avec elle le vaisseau qui doit m'emmener, moi, infortunée! On s'avance, on me dit de montera bord... Dieu! le ciel e>t-il donc d'aiiain au-dessus de moi, que mes cris de douleur ne peuvent lepénéirer? Eh bien! je partirai; mais le vaisseau ne me tiendra pas captive dans ses cacbols; la planche qui doit m'y conduire sera mon premier pas vers la liberté. Alors, que les vagues me reçoivent dans leur sein; j'irai, portée par elles, chercher au fond de leurs abîmes le repos de la tombe ; et, quand je n'aurai plus rien à craindre de l'injustice de ce monde, qu'elles poussent mon pâle cadavre vers le rivage, pour qu'une âme pieuse puisse me creuser un tombeau sur le sol chéri de ma patrie 1 (Elle fait quelques pas.) Allons! (Elle s'arrête.) Moii pied ue veut-il plus obéir? Qu'est-ce donc qui enchaîne mes pas et me retient ici? Misérable amour iVune vie sans dignité, tu ni^ rappelles à de rudes combat^;. L'exil, n. 43
bm LA riLLE NATURELLE,
la mort, le déslionneur, ni'enioiiient et se disputent ma dé« pouille; si je me détourne de l'un avec horreur, l'ciutre aussitôt se présente à moi, et me raille d'un sourire infernal. 11 n'y a donc aucun moyen, ni humain, ni divin, de me délivrer de cette torture multiple? Oh! si une seule parole favoiable me venait par hasard du sein de celte multitude; qu'un oiseau, messager de paix, rasât ma tète d'une aile légère, et m'indidiquât ma route! je suivrais volontiers celle qu'il m'aurait tracée. Un signe, et je croirai, et j'obéirai aussitôt avec espoir et confiance au doigt de Dieu.