ACTE V
EUGÉNIE
Comme un sort sacré.
LE MOINE
Je t'entends : plongée dans la plus profonde misère, tu fèves les veux vers les régions d'en haut. Toute volonté élant morte dans fc-n cœur, tu espères que le Tout-Puissant décidera pour toi. Oui, celui qui agit de toute éternité nous envoie pour notre bien, d'une manière incompréhensible et comme par hasard, des conseils et des résolutions, et de la force pour les accomplir. Ainsi nous nous trouvons portés vers le but. Sentir cette confiance, c'est le suprême bonheur; ne pas la demander est un devoir d'humilité; l'atteindre est la meilleure condition dans les soufli ances. Oh ! que je voudrais être digne de connaître jiour toi ce qui doit t'ètre le plus utile! Mais le pressentiment est muet dans mon sein; et, si tu n'as rien de plus à me confier, une vaine commisération est tout ce que je puis t'offrir pour adieu.
EUGÉME.
Non, je saisis la seule planche qui s'ollre à moi dans le naufrage; malgré moi, je te retiens ici; et pour la dernière fois je vais prononcer le mot fatal. Issue d'une famille illustre, je suis repoussée, bannie au delà des mers ; et je ne puis me sauver que par un mariage qui me rabaisserait aux classes inférieures. Que dit maintenant ton cœur? est-il encore muet?
LE MOINE
Il doit l'être jusqu'à ce que l'intelligence s'avoue impuissante. Tu ne m'as confié que des choses générales, je ne puis donc te do mer que des avis généraux. Forcée de choisir entre deux maux qui te sont également odieux, examine-les bien l'un et l'autre, et prends celui qui te laissera le plus de liberté pour vivre saintement, celui qui mettra le moins d'eulraves à ton esprit et restreindra le moins tes actions pieuses.
EUGÉNIE
Ainsi le mariage n'est pas ce que tu me conseilles?
LA l'ILLE NAi IW.AA.l.
LET MOIISE.
Non, surtout un maii;ige tel ({ue celui qui te menace. ijimment un prêtre peut-il donner sa bénédiction lorsque le (<uï ne part pas du cœur même de réponse? Il ne saurait encliaîner ensemble, pour un ('onibaf perjétnel,ceux qui ont du dégoût l'un pour l'antre; il faut jour cela l'amour, qui sait faiie d'une seule cbose le tuut de l'homme, du présent une éternité, et <!e ce qui passe un objet durable.
EUGÉNIE
Tu m'exijes donc au delà des mers, dans la misàre?
LE MOINE
Sois la consolation des habitants de ces pays.
EOGÉME.
Comment consoler les antre- lorsque le désespoir habite en
moi?
LE MOINE
[]\i cœur pur, tel que l'annoncent les regards, du courage et un esprit noble et indépendant, peiivent te soutenir et te rendre utile à tes sembUiblcs, on quelque endroit de la terre ^ne tu ailles. Si, dès l'enirée de la vie, tu es exilée sam l'avoir mérité, et que les décrets de la Providence te condamnent à expier des fautes qui te sont étrangères, tu conserveras toujours, comme un être qui n'appartiendrait plus au monde, le honhcnr atlaclié à la vertu et les forces qu'elle donne. Pour-uis la route, entre avec courage dans la sphère des affligés, et que ton apparition éclaire ce triste monde. Tes puissantes paroles et tes actions énergiques ranimeront les cœurs qui se laissent abattre; rassemble ceux qui sont dispersés, réunis-les autour de toi. Crée-toi autre part ce qu'on t'enlève ici, une famille, une patrie, une principauté.
EUGÉNIE
Ce que tu me conseilles, ponrrais-tu le faire toi-même?
LE MOINE
Je l'ai fait. Le zèle me conduisit, jeune encore, chez des tribus sauvages : j'importai des mœurs douces dans cette vie farouche, et au milieu de la mort l'espérance du ciel. Oh! que je voudrais u';ivoir pas été ensuite égaré par le désir