SCÈNE VIII
EUGÉNIE, seule.
On me détourne de mes propres malheurs en me parlant de malheurs étrangers... Étranger! ce qui doit arriver à ma patrie l'est-il pour moi? Ce pressentiment fait peser sur mon cœur un nouveau poids; faut-il aux maux présents ajouter ceux de l'avenir? Ce qu'on nie répétait depuis mon enfance est donc vrai! Je le demandais, on me l'a dit, et je l'ai même entendu récemment de la bouche du roi et de celle de mon père; une ruine prochaine menace ce royanmc. Les éléments, combinés pour la vie, ne se balaticeront pUis avec harmonie, alîn de reformer un ensemble toujours parfait. Ils se sépareront, se fuiront, et chacun rentrera en lui-même. OiJ est l'esprit éueigique de nos aïeux, cet esprit qui peudiint leurs discordes les réunit dens un but commun, et fut comme le roi, le chef et le père de ce grand peuple? Il s'est évanani ; ce qui nous en reste n'est qu'une ombre vaine qui par ses elforts ne peut ressaisir ce qui est perdu. Emporlerai-je avec moi un tel souci? Fuirai-je le danger commun, et par là Toccasion de montrer un courage digne de mes ancêtres? Kenoncerai-je à humilier, par des secours donnés à l'heure de l'adversité, ceux qui me persécutent maintenant? Non, non, terre de ma patrie, tu es un asile pour moi; j'entends la voix puissante qui m'appelle, je ne t'abandonnerai par, : les liens qui me retiennent à toi sont sacrés. Où trouver l'homme honnête qui m'a offert sa main avec confiance? Je m'altaclierai à lui, et je resterai cachée pour être par la suite un talisman pur; car, lorsqu'un miracle ai-rive dans le monde, c'est à la prière d'un cœur fiilèle et plein d'amour. Je ne considère ni la grandeur du danger ni ma propre faiblesse; un sort favorable disposera tout pour ce grand but lorsqu'il en sera temps, et, si un jour mon père et mon roi m'ont méconnue, m'ont chassée, m'ont oubliée, ils verront alors avec étonueraent que j'existe encore, et que du sein de ma misère je m'efibrcc de tenir ce que je promis aux jours de ma pros-