‹ Théatre de GoetheChapitre 381 sur 382 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

ELGÉNIE, LE CONSEILLEE, Un Jecne Garçon, portant une riche

cassette.

Les vaisseaux portent l'un après l'autre, et je crains hen que toi aussi on ne l'apiielle bientôt; reçois donc avec nn adieu sincère ce présent qui, pendant ton long trajet, te sera de quelque soul.igement. Pense à moi, et puisse le jour malheureux ne point luire oii tu me regretteras amèrement !

EUGÉNIE

J'accepte ce présent avec reconnaissance, comme un gage de ton amoiu- et de tes soins; mais fais-le reporter dans !a maison, et, si tu penses comme tu pensais, si lu senscomn.«? tu sentais, et que mon amitié pui^se te sullire, je l y suivnii

LE C0N.->E1LLEK, après une pause, fait signe au jeune homme c\s'éloigner.

Est-il possible'? Ta volonté a-t-elle pu si vite changer en ma faveur?

EDGÉNIE.

Elle est changée, mais ne pense pas que ce soit la crainte qui me jette ainsi dans tes bras; j'ai un motif plus noble; permets-moi de le taire. C'est hj qui tne retient dans ma patrie, auprès de toi. Je n'ai plus qu'une question à t' adresser: Peux-tu franchement renoncer à celle qui renonce à lout? Peux-tu me prometti e que tu me recevras avec la pure amitié d'un frère, et que tu me donneras la |)rotection, les conseils et l'existence paisible qu'on accorde à une sœur chérie?

LE CONSEILLER

Je crois pouvoir tout supporter, tout, si ce n'est de te perdre après t'avoir trouvée; te voir, vivre au.près de toi, pour toi, voilà mon bonheur suprême. Ton cœur seul dictera les condit'">ns de l'alliance que nous contractons.

b'2 LA FILLE NATURELLE.

EUGÉNIE

Connue de toi seul, je dois éviter le monde et vivre dans il retraite; si tu possèdes une campagne paisible et éloignée, consacre-la-moi et m'y envoie.

Je possède un petit bien situé agréablement, mais la maison e;t vieille et tombe eu ruine. On n'aurait pas de peine à trouver une plus belle habitation dans nos environs; le prix n'en est pas élevé.

EUGÉNIE

Noi7, laisse-moi me retirer dans celte maison qui tombe en ruine; elle s'accorde avec ma position. Si mon esprit se calme, j'aniai de quoi y exercer son activité. Dès que je t'appnrtiendiai, permets-moi de m'y rendre, accompagnée dun vieux serviteur de confiance, de m'y en cvclir dans l'espoir d'uae résurrection prochaine.

LE CONSEILLER

Quand pourrai-je t'y visiter?

EUGÉNIE

Tu attendras avec patience que je t'appelle. Un jour vieil' dra, peut-être bientôt, qui nous unira plus étroitement par des liens plus sérieux.

LE CONSEILLER

Tu m'imposes une dure épreuve.

EUGÉNIE

Remplis tes devoirs envers moi, et sois sûr que je connais les miens. Tu risques beaucoup en m'offrant ta main pour n»e sauver; si l'on me découvre trop tôt, lu peux eu souffrir. Je te recommande le plus profond silence; que nul ne sache d'où je viens : même les personnes absentes qui me sont chères, je ne les visiterai que par la pensée; nul uje>sager ne doit me nommer, quand ce serait aux lieux où la moindre éliiicelle«6uffirait à rallumer le flambeau de ma vie.

LE CONSEILLER

Oue dois-je dire dans cette grave circonstance? La bouche peut prolester avec audace d'un amour désuiléiessé, lorsque le monstre de l'égoïsme veille au fond <iu cœui-. Notre con«

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