ACTE V
IPHIGÉME.
Si ton cœur s'olistinc à nue iésolnlion cruelle, il ne fallait pas venir ici ! Un loi qui vent commettre une action inhumaine trouve assez d'agents qui, pour des laveurs et un salaire, s'empressent de partager la malédiclion atlachée au forfait; et du moins la présence du roi n'est point compromise. 11 médite la mort dans I épais nuage oiî il réside, et ses envovés descendent jusqu'au malheureux pour a[)porler la loudre sur sa lète; mais le prince, pnisihle dans ses hautes demeures, conlinue dans l'orage à planer sur ses sujets, comme une divinité inaccessible.
THOAS
Tes saintes lèvres parlent un langage bien hardi,
IPHIGÉiSIE.
Ce n'est point la prêtresse qui parle, c'est la fille d'Agamemnon. Tu as honoré la parole de l'inconnue, et tu veux commander sans égard à la princesse? Dès l'enfance, j'ai appris à obéir, d'aboi d à mes parents, ensuite à une divinité; et, malgré celle obéissance, j'ai toujours senti mon âme entièrement hbre; mais me conformer à l'ordre cruel, à l'arrêt barbare d'un homme, c'est ce que je n'ai appris ni là-bas ni ici,
THOAS
C'est une loi ancienne, et non moi qui t'ordonne d'agir.
IPHIGÉPilE.
Nous saisissons avidement une loi qui sert d'arme à nos passions. Une autre loi plus ancienne me défend de t'obéir, celle pour laquelle tout étranger est sacré.
Il paraît que les prisonniers te tiennent au cœur; car ton intérêt et ta tendres-e pour eux te font oublier la première loi de la prudence, qui est de ne pas irriter un honuue puissant,
IPHIGÉNIE
Que je parle ou non, il t'est facile de savoir ce qui est et ce qui restera immuablement dans mon cœur. Le plus endurci ne s'attendiit-il pas sur des maux (ju'il a soufl'er*^'? Comment le mien y sera-t-il insensible? Je me vois daii« câs
52 IPIIIGÉ>'1E EN TAURIDE.
deux victimes. Et moi aussi, j'ai tremblé à genoux devant l'autel; une mort prématurée a plané sur moi; déjà le couteau se levait pour percer mon sein plein de vie; mon âme égarée se glaçait, mon œil s'éteignait... quand tout à coup je fus délivrée. N'est-on pas coupable de ne pas rendre aux mal' beurenx les bienfaits qu'on a reçus du ciel? Tu le sais, lu me connais, et tu veux me contraindre !
THOAS
Obéis à ton devoir, et non pas à un maître!
IPHIGÉiME.
Arrête! et ne pare point de beaux dehors ta puissance, qui se joue de la faiblesse d'une femme. Je suis née aussi libre qu'un homme. Si le fils d'Agamemnon était debout devant toi et que tu exigeasses une iujuslice, il a aussi une épée et un bras, lui, pour soutenir ses droits. Moi, je n'ai que des paroles, et il convient à l'homme généreux d'avoir égard aux [paroles d'une femme.
THOAS
J'en lais plus de cas que de l'épée d'un frère.
IPHIGÉME.
La chance des armes est incertaine. L'homme prudent ne méprise aucun ennemi; car la nature n'a pas laissé le faible sans secours contre l'orgueil et la force. Elle lui a inspiré l'art de la ruse; elle lui enseigne mille expédients; il cède, il diflère, il tourne. Oui, l'homme puissant mérite qu'on emploie toutes ces armes contre lui.
THOAS
Une sage prévoyance peut s'opposer à la ruse.
IPHIGÉiME.
Et une âme pure n'en a pas besoin.
THOAS
Ne prononce pas légèrement ta propre condamnation.
IPHIGÉNIE
Ah! si tu voyais comme mon âme hilte pour repousser l'attaque d'un mauvais génie qui veut s'emparer d'elle! N'ai-je donc ici aucune arme à t'opposer? tu repousses la douce prière, ce rameau gracieux, plus puissant que le fer