‹ Théatre de GoetheChapitre 43 sur 382 · ACTE V. ns · texte numérisé non relu

ACTE V. ns

dans la main d'une femme; que me reste-t-il pour me difrudre? Implorerai-je un miracle de la déesse? N'y ;i-l-il .niciine force daiis le fond do mon âme?

THOAS

Le sort des deux étrangers semUe le causer la plus vive inquiétude. Qui sont-ils, parle ! ceux pour qui ton esprit s'inléresse avec tant de zèle?

IPHIGÉiME.

Ils sont..., ils semblent.,., je les crois Grecs.

THOAS

Quoi! des compatriotes! et ils ont sans doute fait revivre en loi riilée llalleuse du retour"?

IPHIGÉ.ME, après un moment de silence.

L'homme a-t-il donc le privilège exclusif des actions extraordin;)irt'S? A-t-il seul un cœur héroïque et sublime qui embrasse l'in)possilile? Qu'y a-t-il de grand? Quels sont les faits tlont le récit mille fois lépélé élève l'âme et la remue toujours, si ce n'est ceux qu'un grand courage a entrepris et couronnés d'un succès invraisemblable".' L'homme qui surprend seul pendant la nuitTarméede l'ennemi ; qui, semblable à une flaumie dévorante et inattendue, atteint et ceux qui dorment et ceux qui s'éveillent; qui, repoussé enfui par les guerriers qui ont secoué le sommeil, s'en reiouiue chargé de butin sur les chevaux qu'il a pris, sera-t-il seul vanté? Ne prisera-t-on que celui qui, dédaignant les routes sûres, ira parcourant les montagnes et les forêts pour purger une contrée des brigands qui l'iufeslent? Ni nous reste-t-il rien, à nou>? faut-il qu'une femme faible, dépouillaut les attributs de son sexe, oppose la rudesse à la rudesse, vous enlève, comme foui les Amazones, le droit de porter le glaive, et veuge l'oppression par le sang? Pour moi, une entreprise hardie agite mon âme; je n'échapperai ni à de vifs reproches ni à de grands malheurs si elle ne réussit point; mais c'est dans votre sein que je la dépose, dieux inimortels! Si vous êtes amis de la vérité, comme on vous fait gloire de l'être, prouvez-le donc en me prêtant votre appui et en rendant houmiage à la vérité en ma personne! — Oui, apprends, ô roi! qu'un secret artifice a été forgé : en

51 iniIGENIE EN TAURIl»L.

vnin (lem;iiules-tu les prlsonuiei's, ils ne sont pins ici; ris smu à la n^clierche des amis qni les attendent sur le rivage avec vu vaisseau. Le plus âgé, que les Furies ont saisi eu ce lieu et cpi'elles ont niaiiilenaiit abandonné, c'est Uresle, mon iVère, <'l l'antre est son compagnon, son ami d'enlance, ([ii'oii nomme Pylade. A[»o]lon les envoie de Delphes vers ce rivage avec l'ordre divin d'enlever l'image de Diane, et de lui rapporter sa sœnr; il promet en récompense la délivrance iu coupable qui a versé le sang de sa mère, et que les Furies poursuivent. Nous voici donc maintenant tous deux livré? à toi ; je viens de remettre entre tes mains les restes de la iamille de Tantale : perds-nous... si tu crois le devoir faire.

Tu penses que le Scythe sauvage, que le barbare entendra la voix de la vérité et de l'humanité, qu'Atrée le Grec n'a pas entciulue?

IPHIGÉNIE

Tout homme l'entend, sous quelque ciel qu'il soit né, quand la source de la vie coule pure dans son sein. — Tu gardes le silence, ô roi! que prépares-tu dans le fond de ton âme? Est-ce la mort? Frappe-moi donc la première! car, maintenant qu'il ne nous reste plus aucun moyen de iléiivrance, je sens le péril affreux où j'ai plongé volontairement par ma- précipitation les objets de ma tendresse. Malheur! je les vei rai enchainés devant moi! De quel front pourrai-je dire le dernier adieu à mon frère que j'assassine ! Non, je ne pourrai plus soutenir ses regards chéris !

THOAS

Les fourbes ! ils ont offert une fable adroite à la crédulité d'une femmt: depuis longtemps renfermée en ce temple, disposée à cioire tout ce qu'ils désiraient, et ils ont enveloppé ron esprit de cette trame mensongère!

IPHIGÉiME.

Non, non, ô roi! l'on pourrait, il est vrai, me tromper; mais ces deux prisonniers sont sincères et vrais. Si tu découvres le contraire, fais-les périr et chasse-moi; exile-moi, en punition de ma folie, sur le triste rivage d'une île déserte

A en. V. 55

hérissée île rocliers. iVinis, si ce l iKuiiirie e.-^l. moi. iVcro bienainié, que j'iii si loi!gLeni[)s apjielé de mes vœux, rends-nous à la lilierté, sois aussi boa envers le Irète et la sœur réunis qu'envers la sœur toute seule. Mon père est tombé sous hs coups de sa femme, elle-même sous ceux de son fils. La dernière espérance de la race d Alrée repose sui' lui seul. Laissemoi, le cœur et la m:iiii purs, regagner ma patrie au delà dss nieis et laver notre maison des crimes qui l'ont souillée. Oui, tu me tiendras parole! — Tu as juré que, si jamais le rclour vers les miens était possible, lu me laisserais partir; et il l'est aujourd'hui... Un roi ne fait pas, comme le reste des hommes, une promesse par lassitude et pour éloigner, un moment le suppliant : il promet même pour les cas inattendus; et il ne sent toute la hauteur de sa dignité que lorsqu'il peut faire le bonheur de celui qui l'implore.

THOAS

Comme le feu se défend contre l'eau et cherche en écumant à détruire son ennemi, ainsi la colère lutte dans mou sein contre tes paroles.

IPHIGÉNIE

Oh ! laisse ta clémence, semblable à la sainte flamme des sacrifices, environner mon cœur plein de louange et de reconnaissance !

THOAS

Que cette voix m'a souvent apaisé !

IPHIGÉiNIE.

Ohî tends-moi la main en signe de paix,

THOAS

Tu demandes beaucoup eu peu de temps.

H'HIGliNIE.

Pour faire le bien il n'est pas besoin de délibérer.

THOAS

11 en est besoin; car le bien est, suivi du mal.

IPHIGÉNIE

C'est le doute qui gâte le bien. N'hésite pas; ne suis que le mouvement de ton cœur.

56 IPlllGENIE LN TAIRIDE.

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